Home Organisation S’associer avec des jeunes pour pérenniser l’élevage
S’associer avec des jeunes pour pérenniser l’élevage 5

S’associer avec des jeunes pour pérenniser l’élevage

17
0

Dans un contexte difficile pour le lait depuis longtemps dans le Centre, Alain Daveau a choisi d’agrandir son élevage laitier au fil des années. Après avoir essayé le salariat, il a décidé de former et d’installer des jeunes pour leur transmettre à terme l’intégralité de l’outil. Sa philosophie : partager et responsabiliser.

En 2004, Alain Daveau se retrouve seul sur la ferme laitière familiale de Pernay (Indre-et-Loire) après s’être séparé de ses trois associés. Dans une région en déprise laitière, le plus simple aurait alors été de s’orienter sur les céréales et la location de terres pour la chasse. Mais comme il aime l’élevage, il choisit « de partir à fond sur le lait ». En cinq ans, il passe de 750.000 à 900.000 litres de lait grâce aux allocations de sa laiterie. Cette hausse de production, il la réalise, dans un premier temps, grâce à l’embauche d’ouvriers. Mais la situation ne le satisfait pas. « Posséder seul l’ensemble, faire du revenu pour ensuite payer des impôts, cela ne m’intéresse pas, explique-t-il, je veux partager, donner leur chance à des jeunes et leur transmettre un outil viable à ma retraite ».

 

Prendre des responsabilités

Surtout, il y a la question de la responsabilité. Pour Alain Daveau, un salarié réellement capable de le remplacer en cas d’accident ou de longue maladie, va forcément chercher à s’installer, car il souhaitera à terme avoir la responsabilité de sa propre exploitation. Selon lui, ceux qui restent salariés préfèrent au contraire une position d’exécution de tâches. « Je veux pouvoir parler d’égal à égal », souligne-t-il.
Entre 2009 et 2015, trois jeunes se sont installés sur l’exploitation après y avoir travaillé comme stagiaires. Constatant chez eux un potentiel d’évolution et une volonté de devenir exploitant, Alain Daveau les a d’abord embauchés comme salariés avant de les intégrer successivement comme associés.

Alexandre Ripoche (30 ans aujourd’hui) arrive en 2009 puis Landry Durand en 2013 (24 ans) et enfin Aurélien Cormery en janvier 2015 (22 ans). En parallèle, la surface et la production laitière ont pratiquement doublé pour atteindre 438 ha et plus de 2 millions de litres de lait. Deux salariés à mi-temps complètent les besoins en main d’oeuvre. Une toiture photovoltaïque (800 m2) et une installation de méthanisation de 250 kWe assurent une diversification des revenus.

 

Polyvalence

La polyvalence est le maître mot de l’organisation de la ferme. Les trois jeunes associés ont été formés sur tous les postes. Toutefois, chacun a sa spécialité : l’élevage des génisses pour Alexandre, le suivi du troupeau (alimentation, enregistrement des entrées et sorties d’animaux) et la gestion pour Aurélien, l’alimentation du troupeau et les cultures pour Landry. Alain s’occupe plus particulièrement de la gestion (avec Aurélien) et du traitement des cultures (avec Landry).
La traite est réalisée avec un roto 24 places en décrochage automatique, en 1h45 à une personne.
Le matin, c’est Alain Daveau qui l’assure. « En parallèle, la préparation et la distribution de la ration complète ainsi que le paillage sont faits en alternance par l’un de nous trois », décrit Aurélien Cormery. Le troupeau est conduit en un seul lot. La ration complète est distribuée seulement le matin en deux mélangeuses ce qui demande une heure trente de travail.
Les associés estiment avoir optimisé la mécanisation aussi bien sur la préparation de la ration, la traite ou le raclage automatique. Le taux de réussite en IA pourrait être amélioré grâce à une détection automatique des chaleurs.
Actuellement, le niveau de productivité du travail à 425.000 litres de lait/UTH est déjà élevé. Il va encore progresser dans les prochaines années pour atteindre 500.000 l/UTH.
Le week-end, deux associés sont d’astreinte ; les matins ils sont présents tous les deux mais un seul se charge de la traite du soir. Au final, chacun travaille donc une journée et demi, un week-end sur deux. Côté congés, tout le monde prend trois semaines par an, une en hiver et deux en été.

 

Pacte d’associés

Alain Daveau possède 60% du capital, le solde est réparti entre les jeunes. Il a sous-évalué le prix des parts pour rendre possible les entrées successives au capital. Un pacte d’actionnaires est en cours d’écriture afin d’encadrer les entrées et sorties des associés (départ, décès, arrivée d’une nouvelle personne…). Le texte prévoit par exemple un délai pour récupérer son capital lorsqu’un associé quitte l’EARL.
La rémunération est identique pour tous les associés. Le pouvoir de décision est réparti entre les associés, indépendamment du nombre de parts. « La moindre décision d’investissement est prise en commun, Alain n’a pas de droit de veto »,
témoigne Alexandre Ripoche.
Et c’est bien l’objectif d’Alain Daveau : en faire des décideurs. « Ils doivent rechercher l’information sans attendre que je décide et gère tout ». Sur la gestion des litiges en particulier, les jeunes doivent encore apprendre à résoudre les conflits entre eux, sans solliciter Alain pour arbitrer.
Dans les années qui viennent, l’exploitation devrait tourner au maximum de production permis par le bâtiment et les équipements :
2,3 millions de litres avec 230 à 240 vaches. Alain Daveau prévoit de prendre sa retraite en 2023.
« Dans huit ans, beaucoup d’équipements seront amortis, l’EARL pourra investir pour racheter mes parts tout en ayant un outil rentable », prévoit Alain Daveau. Et le nouvel associé qui le remplacera intégrera plus qu’un élevage laitier :

« un projet de vie avec des valeurs »

Laisser un commentaire