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Le retour des betteraves dans les rations

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Les éleveurs laitiers redécouvrent les intérêts nutritionnels et économiques de la betterave avec le développement des mélangeuses qui permettent de mécaniser leur distribution.

Etienne Simon, l’un des deux associés du Gaec du Bas-Ralay en Ille et Vilaine (Bretagne) a introduit la betterave fourragère dans la ration de ses 110 laitières lorsqu’il a investi dans une mélangeuse automotrice, il y a sept ans. Il peut se permettre de reprendre les betteraves avec la fraise de sa machine car il y a vraiment peu de pierres dans ses champs. « Pour moi, la betterave fourragère n’a que des côtés positifs au niveau nutritionnel. C’est un aliment très appétent, peu encombrant, très énergétique et très productif » justifie-t-il. Distribuée à hauteur de 14 kg bruts par vache (soit 2,5 kg de matière sèche), la betterave permet de densifier l’énergie de la ration tout en diversifiant les sources d’énergie. L’ajout de betteraves ne diminue que très peu la consommation de maïs ensilage. « Un kilo de betteraves fourragères se substitue à 0,3 kg MS de maïs fourrage » estime l’éleveur. Ainsi, en limitant l’apport de concentrés à 3,5 kg de colza à l’auge, 2 kg de soja plus 2 kg de VL 18 au robot, sa ration à base de maïs fourrage, d’ensilage d’herbe et de betteraves fourragères permet de produire 11300 kg de lait par vache et par an en moyenne (voir la ration du Gaec du Bas-Ralay, tableau 1).

Les mélangeuses distributrices permettent de mécaniser la distribution des betteraves (en l’absence de pierres)

Un concentré d’énergie

Comme Etienne Simon, de nombreux éleveurs redécouvrent les intérêts nutritionnels et économiques de la betterave fourragère. Elle couvre autour de 18 000 ha principalement en Picardie, Bretagne et Normandie. On est, cependant, très loin des 400 000 ha semés dans les années soixante-dix. La mécanisation de sa distribution grâce au développement des mélangeuses distributrices (en l’absence de pierres) permet d’exploiter plus facilement ses qualités nutritionnelles indéniables. C’est ce qui explique, selon Johann Cariou, responsable technique nutrition de BCEL Ouest (organisme de conseil en élevage sur les départements bretons des Côtes d’Armor, du Finistère et du Morbihan) son développement actuel.
« Avec plus de 1,1 UFL / kg MS, la betterave se rapproche plus d’un concentré que d’un fourrage (voir tableau 2 des valeurs alimentaires). Une ration avec du maïs fourrage, 2 à 3 kg d’ensilage d’herbe, 5 kg de tourteau de colza, 500 à 800 g de paille et du minéral concentre autour de 0,95 UFL / kg de MS et permet de produire jusqu’à 10 000 kg de lait par vache sans concentrés de production » témoigne le technicien breton. L’apport d’énergie rapidement fermentescible favorise la dégradation de l’amidon de maïs dans le rumen. « Dans les troupeaux laitiers qui consomment de la betterave, on retrouve moins de grains dans les bouses lorsque les silos sont ouverts avant d’être complètement fermentés » observe Johann Cariou. Un concentré d’énergie à un coût très compétitif : pour des rendements autour de 15 tonnes de matière sèche par hectare, le coût d’une tonne de matière sèche rendu silo est de 110 à 120 € (+ 15 € de main d’œuvre ) .

Arnaud et Lionel Bouffaré, à Précey dans la Manche ont introduit la betterave dans la ration de leurs 130 laitières avec l’espoir de mieux valoriser le lait grâce à l’augmentation des taux.

De bons taux sur les hautes productrices

La betterave a l’image d’améliorer les taux en particulier le taux butyreux (TB). C’est pour cette raison que les trois associés du Gaec Bouffaré à Précey (50), ont décidé, cette campagne, de distribuer des betteraves fourragères à leurs 130 vaches laitières. « La fin du quota matière grasse associée à la baisse du prix du lait nous incite à produire du lait plus riche en TB » explique Arnaud, le fils, lors de la porte ouverte qu’ont organisée quatre étudiants de BTSA Acse du lycée les Vergers (Dol de Bretagne) dans leur exploitation. L’incorporation de 8,5 kg bruts (correspondant à 1,5 kg MS) de betteraves fourragères s’est concrétisée par une augmentation de de 2 points de TP (de 31,9 g / litre à 33,9 g / litre) et de 2,6 points de TB (de 39,6 g / litre à 42,2 g / litre) avec un niveau de production à 31 kg de lait / VL. L’année ayant été favorable aux taux dans l’ensemble des élevages, il est donc difficile d’en attribuer l’intégralité du bénéfice aux betteraves. D’ailleurs, d’autres éleveurs, comme Etienne Simon, relativisent l’augmentation des taux avec des vaches hautes productrices. « Avec des vaches hautes productrices, il ne faut pas attendre de miracle sur les taux. La production de matière grasse est diluée dans la quantité de lait produite » commente-t-il, fort de ses sept années d’observation. Dans cet élevage, le TB du lait livré à la laiterie est de 40,8 g / litre en moyenne annuelle. Après quelques mois de distribution, Pierrick Cotto du Gaec Cotto (35) fait le même constat : « je dirais plutôt que les taux se maintiennent bien avec une augmentation de la production laitière (en ce mois de février, ses 160 laitières produisent 30 kg de lait / VL à 34 g / kg de TP et 45 g / kg de TB) ».

3 kg MS par vache et par jour maxi

Johann Cariou (nutritionniste à BCEL Ouest) rappelle quelques précautions à respecter pour bien valoriser les betteraves fourragères. C’est un aliment rapidement fermentescible dans le rumen : leur distribution sera donc limitée à 3 kg MS par vache et par jour en veillant à les introduire progressivement dans la ration à hauteur de 1 kg MS par semaine tout en distribuant de la fibre pour favoriser la rumination. Comme c’est un aliment très appétent, il faut disposer de suffisamment de places à l’auge pour bien répartir la consommation entre les vaches. Pauvre en matière sèche (de 14 à 18 % de MS, voire plus de 20 % pour les types sucrières fourragères), il faut veiller à ce que les maïs ensilages auxquels elles sont associées soient secs (de l’ordre de 35 % de MS). La betterave est pauvre en MAT et peu encombrante : il faut donc augmenter la concentration en azote des rations en incorporant un peu d’urée.
La durée de conservation est limitée à 5 / 6 mois car elle monte en graines : il n’est donc pas possible d’en distribuer toute l’année. Certains éleveurs bretons (ndlr : en Bretagne, les gelées sont peu fréquentes) tentent de repousser la durée de conservation en les laissant en terre jusqu’à fin mars pour les faire consommer jusqu’à fin juin

Tableau 1 : La ration des laitières (en kg brut / VL)

Ration à l’auge (en kg bruts / VL)

  • Maïs ensilage : 34 kg
  • Ensilage Herbe / Légumineuse : 8 kg
  • Paille de colza : 0,8 kg maxi
  • Betteraves fourragères : 14 kg
  • Tourteau de colza : 3,5 kg
  • Urée : 65 g
  • Sel : 70 g
  • Minéraux : 230 g

Au robot : en moyenne, 2 kg de tourteau de soja et 2.5 kg d’Amyplus (une VL à 18% de MAT).

Tableau 2 : Valeurs alimentaires de la betterave fourragère (source ADBFM d’après INRA)

AlimentMS g/kgUFLUFVPDINPDIE
Betterave fourragère1301.151.166286
Betterave fourragère riche en MS1901.121.145388

 

Les valeurs UFV et UFL sont celles correspondant à une distribution de l’ordre de 3 kg de matière sèche/ vache/jour.

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