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Pourquoi sécher l’herbe en grange?

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Dans la plaine céréalière du bassin parisien, le GAEC des deux Rives distribue une ration avec 12 kilos d’herbe séchée en grange à ses 120 laitières. Un choix qui peut paraître étonnant pour une production de lait conventionnelle dans cette région.

Surprenant ! Nous sommes dans la plaine céréalière du bassin parisien où les troupeaux laitiers sont rares et plutôt alimentés avec du maïs fourrage. Or, les 120 laitières du GAEC des deux Rives reçoivent toute l’année une ration mélangée avec 12 kg ms d’herbe séchée en grange, 12 kg ms de maïs ensilage, du maïs grain humide (à hauteur de 2,5 kg) et un peu plus de 2 kg de tourteaux. Et pourtant cet élevage produit un million de litres de lait conventionnel. Pour Lionel Gavelle, l’un des quatre associés, le choix de l’herbe c’est d’abord une question de goût. « Je dis toujours que je me sens éleveur quand je récolte de l’herbe, pas quand je fais pousser du maïs. On a toujours fait énormément d’enrubannage et de luzerne ». Le droit à produire s’est construit par reprises successives. Du coup, l’exploitation se retrouve avec 60 ha de prairies naturelles disséminées sur deux départements, l’Eure et le Val d’Oise, avec des voies d’accès qui passent par des zones urbanisées. « Le temps d’aller sur la parcelle la plus éloignée, d’y remplir l’autochargeuse et de revenir sur l’élevage, on met deux heures » comptabilise l’éleveur.

Ration autonome

L’exploitation cultive 25 ha de luzerne dont 15 à 20 ha sont destinés au troupeau laitier qui est prioritaire. Le reste de la récolte est livré à une usine de déshydratation. Cultiver plus que les besoins permet de sécuriser les stocks. En effet, dans la région, selon l’éleveur « il faudrait irriguer pour avoir une production régulière, ce que l’on ne fait pas ». Les 60 ha de prairies naturelles en première coupe et 30 ha en seconde coupe complètent les stocks. La part importante de luzerne et d’herbe dans la ration répond à l’objectif des associés d’être les plus autonomes possible. « Hormis les deux kilos de tourteaux, tout ce qui est apporté aux vaches est produit sur la ferme » se félicite Lionel Gavelle. Pour cela, il faut se concentrer sur la qualité des fourrages : « ici, nous ne séchons pas du foin, mais de l’herbe verte ».

Séchage en grange

gaec2rivesLa grange a été construite en 2006. Les exploitants ont saisi l’opportunité de subventions du conseil général de l’eure qui cherchait à encourager la production d’herbe. Elle permet de stocker autour de 600 tonnes de fourrage sec et est séparée en trois cases plus une zone de déchargement : deux cases pour la luzerne et l’herbe de meilleure qualité qui alimentent les laitières et la troisième case pour l’herbe de moindre qualité plutôt destinée aux génisses. L’air qui est pulsé dans le bâtiment est chauffé par le soleil entre la toiture et un faux plafond. Le temps de séchage est donc dépendant de la météo et du soleil : il faut de l’air sec et chaud ce qui n’est pas toujours le cas au printemps. « Au mois d’avril on peut récolter de la bonne camelote mais pas sèche. Après, on peut avoir quinze jours de temps pourri. On n’a alors pas le choix : il faut ventiler et refroidir pendant les quinze jours, sinon ça monte en température, la qualité du fourrage se dégrade et ça pourrait provoquer un incendie. Et dès qu’il y a quelques rayons de soleil en deux jours c’est sec » constate l’éleveur.

Appétante et riche en protéines  

2rives-vachesA partir de la mi-avril, l’éleveur suit en permanence les prévisions d’ensoleillement. Dès que la météo le permet, il fauche 5 à 6 ha par jour. C’est le débit de chantier maximum qui permet de récolter une herbe de qualité à l’autochargeuse étant donné l’éloignement de certaines parcelles. « Ce qui est important c’est de faucher et de faner aussitôt » insiste l’éleveur. Le premier jour, l’herbe est fauchée et fanée avant midi, puis fanée à nouveau en milieu d’après-midi. Le deuxième jour, l’éleveur fane en fin de matinée puis en milieu d’après-midi. Puis le troisième jour, il andaine en fin de matinée pour récolter l’après-midi. La luzerne est fanée seulement deux fois pour conserver les feuilles et donc les protéines. Avec ce déroulé des travaux, l’herbe est restée verte quand elle arrive à la grange : ce n’est pas du foin. Ce qui ressort de la grange, est un fourrage sec, vert et hyper appétant avec une bonne valeur protéique. Le mélange herbe (40%) et luzerne (60%) est chargé et mixé dans une mélangeuse à bol la veille de sa distribution aux vaches.

Plein emploi pour le chauffeur

Etant donné que l’élevage fauche, fane et récolte quasiment tous les jours en belle période climatique, il s’est équipé de l’ensemble des outils de la chaîne verte pour être autonome : faucheuse, faneuse et remorque autochargeuse. Ces matériels, tous de marque pöttinger, permettent des débits de chantier importants pour respecter le calendrier de travail. De la mi-avril à la mi-septembre, la récolte de l’herbe occupe une grande partie du temps du chauffeur salarié. « Dès que l’on a fini de semer les maïs et même parfois avant, on accroche la faucheuse. Quand on est dans une très belle période on fane et on récolte tous les jours ».

Rentabilité à long terme

L’élevage atteint son objectif de production à 8000 kg de lait par vache. Lionel Gavelle pensait cependant obtenir une composition du lait supérieure en matière grasse (38 g/kg en moyenne sur l’année) et en oméga 3 et 6. Il met sur le compte de l’herbe séchée des animaux en bonne santé avec une longévité de 2,7 vêlages par vache. En annuité, la grange coûte environ 45 euros par tonne sèche auxquels il faut rajouter 7 à 9 euros d’électricité (par tonne de matière sèche). « Mais, quand on aura fini de payer, la grange ne sera pas usée et encore fonctionnelle ; on changera peut-être la grue mais c’est tout. Le coût de séchage sera alors abaissé à une dizaine d’euros » calcule l’éleveur.

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