Home Actu Fournisseur Méthanisation du fumier : un défi à relever !
Méthanisation du fumier : un défi à relever ! 5

Méthanisation du fumier : un défi à relever !

146
0

En France, près de 70% des effluents d’élevage sont du fumier. Savoir le valoriser est donc crucial pour développer la méthanisation ce qui est loin d’être facile techniquement. AgriKomp®, l’un des spécialistes de la méthanisation dresse un panorama des solutions les plus pertinentes.

De nombreux constructeurs de méthaniseurs, faisant un copier coller des techniques venues d’outre-Rhin, ont rencontré des difficultés techniques pour utiliser le fumier et ont entraîné dans leurs malheurs des dizaines d’exploitants. Des systèmes d’alimentation incapables de fonctionner correctement, des casses répétées de pompe, en passant par des agitateurs immergés hors d’usage : les difficultés techniques se sont accumulées avec des augmentations des frais d’entretien et de la charge de travail. Cela contribue au discours sur le fait que la méthanisation n’est pas toujours rentable.

Le fumier, difficile à méthaniser

Le fumier est à la fois une matière difficile à stocker (on estime à 1% la perte de valeur énergétique par jour de stockage), très longue à digérer (deux fois plus qu’un ensilage), et avec une fibrosité la rendant excessivement dure à gérer dans des systèmes traditionnels. Face à cela, certains constructeurs présents en France ont su relever le défi et trouver des parades pour contourner ces contraintes afin d’optimiser la gestion de cet « or pailleux ». Les innovations se sont ainsi multipliées ces dernières années et nul doute que les têtes pensantes des constructeurs de matériel continueront à optimiser leurs process. Différentes solutions existent actuellement sur le marché pour mieux valoriser le fumier par la méthanisation.

Additifs biologiques 

S’il s’agit sans doute de la solution la moins répandue, c’est loin d’être la moins efficace. Le principe est d’ajouter différents additifs dans le digesteur afin de « doper » l’activité des bactéries. Ces additifs peuvent avoir des compositions variables selon les besoins spécifiques de la flore microbienne qui seront établis via une analyse dans un laboratoire spécialisé. Les grandes catégories d’additifs sont les oligo-éléments (des « vitamines » pour bactéries) et des enzymes (des « gloutons » venant spécifiquement s’attaquer aux fibres de la matière). Le résultat est souvent une accélération et une augmentation du taux de la dégradation des matières.

Traitement thermique

La cuisson, il fallait y penser ! Ce traitement de la matière est d’une simplicité enfantine, nous en faisons l’expérience tous les jours dans nos cuisines, et pourtant, en méthanisation, c’est sans doute le système le plus astucieux et le moins utilisé qui soit… L’entreprise AgriKomp® propose tout simplement de cuire la matière à environ 80°C afin de casser les fibres de cellulose des intrants. Ce système tire parti de la chaleur produite par le moteur de cogénération et est donc des plus économiques.

Cooker : la cuisson des matières à environ 80°C permet de casser les fibres de cellulose.

Traitement mécanique

Il s’agit là de la voie choisie par la majorité des constructeurs. En broyant la matière avant son entrée dans le digesteur, on réduit la taille des fibres et on les écrase, les rendant plus faciles à attaquer par les bactéries. Ce système est très énergivore et consommateur de maintenance ; par contre, il a parfois l’avantage de récupérer les corps étrangers et indésirables des matières. Cependant, l’arrivée de la matière au broyeur reste critique.

Adapter l’ensemble de l’installation

Finalement, la réponse technique à la complexité de traitement des fumiers passera non pas par l’ajout d’un simple composant ou l’utilisation d’une innovation isolée mais par un raisonnement sur l’adaptation de l’ensemble de l’installation à cette matière. C’est là encore une spécificité d’AgriKomp® : jouer sur la conception globale de l’installation qui passe par l’adaptation du système d’introduction, la gestion des flux de matières (temps de digestion et recirculation si nécessaire), la température de digestion, l’agitation lente à pales, le pompage, etc. En définitive, cela revient tout simplement à adapter toutes les pièces du puzzle d’une installation pour traiter le fumier. Vu la complexité des systèmes de méthanisation, c’est un choix de construction fort et engageant qui assure robustesse et fiabilité. C’est sans aucun doute le choix le plus cohérent pour une performance optimale sur le long terme.

Au GAEC Godeau : système d’introduction Vielfrass®, agitation lente à pales et enzymes.

Selon Jean-Philippe Godeau, c’est avant tout le système d’introduction Vielfrass® qui permet d’atteindre un haut niveau de performance avec du fumier. Son frère, Jean-Christophe, complète : « c´est aussi le fait d’être élevé en température, on arrive à 45 – 46°C ! De plus, les agitateurs à pales permettent une bonne agitation, ils ont été conçus pour agiter une ration riche en fumier ». En complément de ces équipements, les frères Godeau utilisent des enzymes pour diminuer la charge sur l’agitation. « L’avantage principale des additifs biologiques c’est leur facilité de mise en place, même lorsque l’installation tourne déjà : une analyse et puis on prend la décision. Une modification du système n´est pas nécessaire ».

Le méthaniseur :

  • Mise en service du méthaniseur en juin 2012.
  • 29 000 heures de fonctionnement moteur.
  • Ration journalière :
    – 20 tonnes de fumier (paille non broyée)
    – 9m3 de jus de plateformes
    – 3 tonnes d’ensilage d’herbe
    – 1 tonne d’ensilage de maïs
    – 0,5 tonne d’issus de céréales

GAEC des frères Thiébaut (Anglemont, 88) : « Un broyeur est-il justifié ? »

Le méthaniseur :

  • Mise en service en 2016.
  • 1 000 heures de fonctionnement moteur.
  • 15 à 20 tonnes par jour de fumier dans la ration (paille non broyée).

« J’ai beaucoup hésité à mettre un broyeur. De nombreuses personnes me poussaient à le faire, et je voyais dans la région plusieurs exploitants opter pour ce système. Avec le recul, je pense que le broyeur, en coupant la paille notamment, ne peut qu’apporter un plus au niveau dégradation biologique des matières. Mais est-ce que cela justifie les coûts d’investissement, de consommations énergétiques, de maintenance et de main d’oeuvre ? Je ne le pense pas. Mécaniquement, un broyeur est un système très lourd. Pour moi, le matériel doit être simple et adapté. Pourquoi se compliquer la vie ? »

Le méthaniseur des frères Thiébaut absorbe 15 à 20 tonnes de fumier par jour

Laisser un commentaire