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Maladies respiratoires : Un audit préventif pour réduire les traitements 5

Maladies respiratoires : Un audit préventif pour réduire les traitements

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Le Gaec Le Druillennec élève toutes les génisses issues de son troupeau à haute valeur génétique. Des problèmes respiratoires récurrents sur les veaux ont conduit le vétérinaire de l’élevage à réaliser un audit, suite auquel la nurserie a été réaménagée et une vaccination mise en place.

Le Gaec Le Druillennec, à Gurunhuel (Côtes d’Armor), est actuellement le cinquième meilleur élevage en index morphologique du classement Prim’ Holstein France. Ce résultat est le fruit d’un travail rigoureux de sélection et d’une grande attention à l’élevage des génisses. L’exploitation réalise
150 vêlages par an. Toutes les génisses sont gardées, soit pour la vente de vaches en lait (la moitié des primipares sont vendues après vêlage), soit pour le renouvellement et l’agrandissement du troupeau. La référence laitière est passée de 650 000 à près de 1 million de litres entre 2013 et 2015.
Au cours de l’hiver 2014-2015, l’élevage a connu un épisode sévère de maladies respiratoires. 80% des génisses de moins de
18 mois ont été malades. Traitées efficacement aux antibiotiques et anti-inflammatoires, elles n’ont toutefois eu ainsi ni rechute ni retard de croissance. Mais, dans un contexte de problèmes respiratoires récurrents, cet épisode a décidé les éleveurs à se pencher sur le fond du problème. « Nous en avons assez de traiter tout le temps les animaux, nous voulons agir en préventif pour au moins diminuer de moitié le nombre de veaux malades », souligne Christelle Le Druillennec. Leur vétérinaire leur propose d’effectuer un audit des maladies respiratoires sur les veaux, dans le cadre d’un partenariat avec le laboratoire MSD Santé Animale (1). « Nous proposons ce type de conseil aux éleveurs qui nous appellent souvent pour des traitements ; dans ces situations, il est intéressant d’arrêter de courir après l’incendie et de se poser pour analyser le problème », explique le Docteur Julien Perault.

 

Problème d’ambiance des bâtiments

Le vétérinaire réalise l’audit en mars 2015 selon une démarche standardisée inspirée du Respipass (démarche diagnostique pour la résolution des maladies respiratoires en élevage bovin). Cette fois, 90% des veaux de moins de 6 mois sont sous traitement pulmonaire et
la moitié a des récidives. Au préalable, il effectue des prélèvements nasaux sur les veaux malades qui révèlent la présence d’un large panel de virus et de bactéries. C’est le signe d’un problème global d’ambiance dans les bâtiments ou d’erreurs dans la conduite d’élevage rendant les animaux vulnérables aux maladies respiratoires. Le vétérinaire étudie donc un à un les facteurs susceptibles de fragiliser les génisses dans la conduite d’élevage et de provoquer ainsi la survenue des maladies respiratoires : alimentation, immunité, parasitisme, bâtiments. Il suit un questionnaire exhaustif élaboré pour l’aider à prendre en compte l’ensemble de ces facteurs de risque. Dans l’élevage, la qualité du colostrum est bonne et les veaux en consomment de 4 à 6 litres à la naissance. Depuis peu, ils reçoivent aussi du colostrum de synthèse pour réduire le risque de diarrhées qui affaiblissent les génisses et créent un terrain favorable aux maladies respiratoires.
Dans la nurserie où elles sont élevées de 15 jours à 3 mois, le vétérinaire constate un volume d’air trop important. Par grand froid ou vent, le risque de refroidissement des animaux est élevé en particulier lorsque le chargement est faible. Les éleveurs sont conscients du problème puisqu’ils ont déjà aménagé deux « abris » dans la nurserie avec un plafond en bois abaissé, suite aux conseils du GDS. « Nous leur avons conseillé de mettre en place des isolations verticales, en paille ou autre matériau, sur trois côtés, pour augmenter encore la température dans ces abris », précise le Dr Julien Perault. Depuis, Thierry Le Druillennec a fixé des bâches sur les côtés des plafonds en bois car ces niches doivent être faciles à enlever pour le curage et le paillage de la nurserie. « En dehors des moments où elles vont au DAL ou au DAC, les génisses sont très souvent dans les abris, et la nuit c’est systématique » observe-t-il.

 

Vacciner pour abaisser la charge virale

Le vétérinaire s’est également intéressé au bâtiment des jeunes bovins. Les risques de contamination entre animaux sont élevés puisqu’il loge non seulement les génisses de 3 à 6 mois mais aussi les taurillons jusqu’à 12-15 mois. De plus, le volume d’air est trop important pour permettre aux génisses de chauffer suffisamment l’atmosphère autour d’elles. La création d’abris similaires à ceux de la nurserie est conseillée.
Au regard de ces facteurs de risques, un protocole de vaccination a donc été mis en place. Objectif : que l’immunité soit acquise par les génisses 15 jours avant leur passage de la nurserie au bâtiment des jeunes bovins. La première injection a été réalisée début octobre 2015 sur 60 génisses âgées d’environ 45 jours, et la seconde début novembre. En décembre 2014, 40 veaux avaient déjà été vaccinés. « Il faut envisager la vaccination dans le temps : le but d’un vaccin ce n’est pas la protection individuelle, mais d’abaisser la charge virale dans l’environnement afin que dans un deuxième temps les animaux aient moins de risque de s’infecter » rappelle le Dr Julien Perault.
L’audit vétérinaire réalisé au Gaec Le Druillennec demande au total une journée de travail : la recherche des données d’élevage (pour avoir des données objectives), le recueil des informations sur place, la rédaction du rapport avec la liste de préconisations et la présentation aux éleveurs.
Ce temps de réflexion et de conseil a été précieux pour corriger les erreurs ayant d’importantes répercussions sur la conduite d’élevage.

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