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Maïs fourrage: réduire le coût alimentaire

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Pour réduire le coût alimentaire de 10€ / 1000 litres en trois ans, le GAEC de Saint Eloi à Plaine-Haute dans les Côtes d’Armor a misé sur la complémentarité de l’affouragement en vert et du maïs ainsi que sur les coproduits. Le suivi rigoureux du stade de récolte du maïs participe grandement à cette stratégie gagnante.

gaecsainteloiLe GAEC de Saint Eloi, où sont installés Pascal Lebreton et Noëlle Lemoine, est issu d’un regroupement de deux exploitations distantes de plus de dix kilomètres. Le troupeau de soixante-dix laitières n’avait en surface accessible au pâturage qu’environ six hectares mal disposés autour d’un chemin. « Cela ne permettait pas d’exploiter convenablement cette ressource fourragère. C’était plus un parcours que du pâturage avec une ingestion vraiment trop limitée » analyse Pascal Lebreton. L’installation d’un robot de traite en 2012 a également contribué à modifier le système fourrager puisque les laitières ne sortent plus. Les éleveurs affouragent en vert de mars à novembre ce qui prend entre trente minutes et une heure par jour. Du maïs fourrage distribué toute l’année, de l’enrubannage, de la purée de pommes de terre (pour l’amidon) et du tourteau de colza complètent la ration distribuée à l’auge.

Affouragement en vert et maïs

L’équilibre maïs et affouragement en vert permet un niveau de ration de base élevé et répond à l’objectif des éleveurs de réduction du coût de la complémentation (154 g de concentrés par litre de lait avec comme tourteau uniquement du colza). Pour l’affouragement en vert, Pascal Lebreton a semé des fourrages riches en protéines : 9.5 ha d’un mélange ray-grass et trèfle et 4.5 ha en luzerne. Le maïs toute l’année permet de maintenir un haut niveau énergétique de la ration quels que soient la pousse de l’herbe et son stade de coupe. Cela permet également d’avoir une base d’alimentation constante et de limiter ainsi les dysfonctionnements du rumen. Pour le maïs, un taux de matière sèche autour de 35 à 37% est recherché afin d’augmenter la quantité d’amidon. « J’ai de toute façon besoin de rajouter de l’énergie, donc je préfère en apporter le plus possible avec mon maïs et compléter plus facilement avec du tourteau » justifie Pascal Lebreton. Pour améliorer la connaissance de la valorisation laitière des maïs en fonction du taux de matière sèche et du comportement des variétés en fin de cycle, les éleveurs conduisent un essai avec le semencier DEKALB. une parcelle de 8 ha a été séparée en deux et implantée à deux dates différentes afin de récolter le même jour, dans des silos séparés, une partie à 31% de ms et l’autre à presque 40% de ms. « Le troupeau sera divisé en deux et nous distribuerons deux rations pour comparer la production laitière et le coût alimentaire final avec chacun de ces maïs » décrit Pascal Lebreton. Ce type d’essais ainsi que le suivi de plusieurs hybrides en bocaux pendant plusieurs mois vont permettre d’améliorer la connaissance de chaque variété. Les maïs ne seront plus qualifiés uniquement sur leur comportement au champ mais également sur leur capacité à produire du lait en conditions réelles.

Matière sèche suivie tous les lundis

Pour atteindre cet objectif de matière sèche, les éleveurs sont très rigoureux sur l’implantation du maïs et sur la date de récolte. Des maïs d’indices 230-250 sont semés, en veillant à leur bonne  implantation. « Dans cette zone au sud de Saint-Brieuc, il est difficile de semer avant fin avril, car nous avons parfois des gelées tardives jusqu’en mai ». Le GAEC préfère préparer la terre en avance, à partir du 20 avril, afin qu’elle se réchauffe plus tôt : « cela permet de faire un faux-semis et le maïs démarre mieux ». Les fonds de vallée sont implantés les derniers, avec des maïs légèrement plus précoces pour viser à récolter tout en même temps. Le stade de récolte est l’un des principaux facteurs qui impacte la valeur nutritive du maïs fourrage. « Le travail de 6 mois de culture et le stock de l’année se jouent en une journée, le jour de la récolte, donc il ne faut pas se louper » confirme l’éleveur. En théorie, l’observation visuelle des épis doit permettre de caler sa date de récolte environ deux semaines avant le stade idéal. En pratique, les plannings sont souvent établis avant et il est parfois compliqué de revenir dessus. « Cette année par exemple, malgré des plantes qui commençaient à dessécher sur pied, les épis n’en finissaient pas de mûrir, et il était difficile de prévoir à l’avance la fin de cycle du maïs, très dépendante des conditions météo » observe Laurent Coutey, ingénieur fourrage chez DEKALB. Dans cette exploitation, le semencier a suivi le niveau d’avancement des maïs tous les lundis en mesurant le niveau de matière sèche plante entière ainsi que l’évolution de la part d’amidon. Ce qui a conduit, selon Pascal Lebreton, à « décaler d’une semaine la date de récolte par rapport à ce que nous avions prévu à cause des conditions atypiques en fin de cycle ». Le GAEC est adhérent à la CUMA de Trégueux, qui dispose de deux ensileuses. Cette CUMA ensile sur un vaste secteur de près de 900 ha avec des terres froides et des terres plus précoces, ce qui permet d’étaler les chantiers sur environ trois semaines. Une réunion de CUMA peu de temps avant le stade idéal « permet à chacun de mesurer les niveaux de matière sèche, d’avoir une estimation assez fiable de la date idéale de récolte et de s’accorder sur le planning des ensileuses ».

Economie de 10€ aux 1000 litres

L’élevage a aussi aménagé ses silos de façon à pouvoir récolter en trois fois si les maïs sont trop hétérogènes. « Nous avons trois silos couloirs de tailles différentes qui peuvent chacun contenir une portion homogène de notre parcellaire. Nous pouvons ainsi facilement récolter en plusieurs fois si les conditions de l’année l’imposent. » Cette année, il a également investi dans une dalle bétonnée supplémentaire afin de gagner encore en souplesse et de pouvoir gérer un stock de report de maïs. L’affouragement en vert, la volonté d’améliorer la qualité du maïs fourrage ainsi que l’accès à des coproduits bon marchés ont permis d’économiser 26 tonnes de concentrés par an et ainsi de réduire le coût alimentaire de 10 € pour 1000 litres de lait entre 2013 et 2015 (87€ pour 1000 litres sur la campagne 2015).

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