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Les analyses bactériologiques de lait : sur un groupe de vaches, c’est plus informatif !

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Pour Jean-Bernard Hermanns, vétérinaire à Quintin dans les Côtes d’Armor, l’analyse des laits d’un groupe de vaches mammiteuses livre des informations précieuses pour adapter les traitements et prévenir la contamination des vaches. Illustration chez l’un de ses clients, Nicolas Boqueho.

Nicolas Boqueho, installé à Saint-Donan dans les Côtes d’Armor, a retrouvé le sourire : ses tickets de laiterie affichent entre 150 000 et 190 000 cellules et moins de 30% de ses vaches ont connu une mammite, ce qui est acceptable pour un logement sur aire paillée. Trois ans en arrière, la situation était explosive : « en trois jours, on pouvait avoir 20% de nos laitières avec des montées de cellules sans forcément de signes cliniques. Et là, quand tu te lèves le matin, tu n’as plus envie de traire car tu ne fais que jeter du lait ». Les taux cellulaires ont brutalement empiré quand il s’est absenté temporairement à la naissance de son premier enfant. « J’avais pris un congé parental en me faisant remplacer. Pendant cette période, il y eu une fuite d’eau sur l’aire paillée qui n’a pas été colmatée immédiatement. Au retour de congé, les analyses du lait au tank avaient grimpé jusqu’à 800 000 cellules. »

Analyses bactériologiques

Pour résoudre le problème, Nicolas Boqueho apportait à Jean-Bernard Hermanns, son vétérinaire, des échantillons de lait de vaches isolées. « Le lait des vaches que je n’arrivais pas à guérir avec les traitements habituels » précise l’éleveur. Certes, ces analyses bactériologiques individuelles sont utiles avec certains types de mammites pour savoir comment poursuivre le traitement. Par exemple, l’arrêter après la guérison clinique dans le cas de mammites à staphylocoques aureus (en lactation, il n’y a en moyenne que 25% à 35% de guérison bactériologique) ou passer à des molécules avec moins de risque de résistance lorsque l’on utilise de la cloxacilline sur des mammites à streptocoques. Mais, pour Jean-Bernard Hermanns, les analyses bactériologiques d’un ensemble de vaches à problèmes livrent plus d’informations pour comprendre et solutionner les mammites qui démarrent dans un troupeau. Interprétées sur un groupe de vaches, elles permettent d’identifier ou de confirmer les germes impliqués, d’adapter le traitement de première intention et de comprendre les mécanismes de survenu des mammites et de contamination des vaches (pendant la traite, en dehors de la traite,…) pour cibler et prioriser les actions de prévention. Pour ce faire, Jean-Bernard Hermanns recommande à ses éleveurs de prélever et de congeler le lait des vaches à cellules avant un éventuel traitement aux antibiotiques. Depuis un an, le cabinet vétérinaire utilise la PCR pour analyser les laits d’un groupe de vaches ciblées. « On va prélever le lait de 6 à 7 vaches ayant des leucocytes pour identifier les germes impliqués et quantifier leur importance. Ces analyses permettent de poser un diagnostic fiable et sont efficaces pour aider à prévenir de nouvelles contaminations. Elles coûtent entre 200 et 250 € pour un groupe de vaches ce qui représente tout juste le coût d’une mammite. »

Nicolas Boqueho utilise un compteur cellulaire portatif (qui mesure la conductivité du lait) pour vérifier la bonne guérison bactériologique 8 jours après le traitement.
L’éleveur utilise l’insertion partielle pour ses traitements intramammaires (introduction partielle de la canule des tubes intramammaires) ce qui limite l’introduction de bactéries dans la mamelle lors du traitement.

Post-trempage

Dans l’élevage de Nicolas Boqueho, l’origine des mammites (une aire paillée difficile à maintenir sèche), conduisait à suspecter l’implication de streptocoques uberis, ce qui a été confirmé par les analyses bactériologiques. Avec ce type de germes, la contamination des vaches se passe entre les traites : avant et après ; après car les sphincters des trayons ne se referment complétement qu’une heure après la traite et avant, sous l’effet de la pression du lait. La prévention a donc été ciblée prioritairement sur le curage de la litière tous les 15 jours pour éviter son échauffement, le paillage avec de la paille sèche conservée sous un hangar et le post-trempage. « Le produit de post-trempage va avoir un double effet : 1/ empêcher la remontée des germes dans le canal du trayon entre les traites et 2/ désinfecter ce canal. Dans cet élevage, un produit à base d’iode peut suffire car l’iode a un pouvoir désinfectant pendant une bonne heure » explique Jean-Bernard Hermanns. En plus, l’éleveur s’applique à désinfecter les faisceaux trayeurs après le passage de chacune des vaches à problèmes. « Avec le streptocoque uberis, il n’est généralement pas nécessaire de désinfecter toutes les griffes. Par contre, c’est indispensable avec des mammites à staphylocoques aureus qui ont pour réservoir la mamelle et qui contaminent les vaches par les manchons. Dans ce cas, je recommande fortement de désinfecter la machine à traire matin et soir avec de l’alcalin chloré et faire seulement 2 passages acides par semaine. Ici, l’eau n’est pas calcaire » commente son vétérinaire.

Anti-inflammatoires

Nicolas Boqueho accompagne de plus en plus fréquemment les traitements à base d’antibiotiques intramammaires avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (appelés AINS). « Sur une mammite, ce n’est pas flagrant que la vache souffre donc nous n’avions pas pris l’habitude d’en utiliser d’autant plus qu’il y a un coût supplémentaire. Mais, je constate que les vaches traitées avec des AINS reprennent plus vite de l’appétit et repartent plus rapidement en lait. » Son vétérinaire complète cette observation : « on est sur des problèmes inflammatoires et les AINS aident à améliorer l’efficacité d’action des antibiotiques. » L’éleveur utilise un AINS transcutané (appliqué sur le dos sans injection). « C’est plus facile à administrer en salle de traite et piquer les vaches en salle de traite n’est pas recommandé pour ne pas les stresser » justifie-t-il. Pour vérifier la bonne guérison bactériologique 8 jours après le traitement, l’éleveur utilise un compteur à cellules portatif qui mesure la conductivité du lait : « je n’attends pas le contrôle laitier suivant ». L’éleveur stérilise les quartiers à problèmes chroniques. « Plus on tarit longtemps, plus on donne de chance aux quartiers de se soigner » appuie son vétérinaire. Aujourd’hui, la situation cellulaire est maîtrisée. Mais, Nicolas Boqueho reste très vigilant l’hiver car l’ambiance dans son bâtiment reste un point faible.

LE CHIFFRE

39% des élevages XXLait sont prêts à faire des analyses bactériologiques de groupes de vaches mammiteuses

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