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L’écornage est devenu moins pénible au Gaec du Bas-Epinay

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Pierre-Yves Bihan, l’un des quatre associés du Gaec de l’Epinay, s’est formé à l’écornage sans douleur. Un progrès pour le bien-être de l’éleveur et des animaux qu’il nous fait partager avec son vétérinaire François-Xavier Thébaud.

XXLait : « Pourquoi vous êtes-vous formé à l’écornage des veaux sans douleur » ?

Pierre-Yves Bihan (PYB) : L’écornage des veaux est une tâche nécessaire pour le bien-être des futures vaches mais, c’était une tâche pénible à supporter car je ressentais que les veaux n’étaient pas bien du tout, qu’ils souffraient. C’est une opération qui stress les veaux : ils sont donc plus sensibles aux maladies et mangent moins dans les jours qui suivent.

François-Xavier Thébaud (FXT) : Lors des BSE (ndlr : Bilans Sanitaires d’Elevage), une partie des éleveurs que nous suivons nous remontait que c’était une tâche qu’ils n’aimaient pas faire à cause de la douleur infligée à l’animal. De plus, le bien-être des animaux d’élevage est une préoccupation de de plus en plus forte de la société. Des progrès sont attendus pour diminuer la douleur lors de l’écornage. C’est pourquoi, à partir de 2014, nous avons commencé à en parler et avons proposé à notre clientèle, une formation à la gestion de la douleur lors de l’écornage.

XXLait : « Quelles bonnes pratiques d’écornage recommandez-vous ? »

FXT : Tout d’abord, écorner jeune c’est-à-dire entre deux et quatre semaines. A ce moment-là, le bourgeon cornual qui va fabriquer la corne est flottant et non rattaché à l’os du crâne et peut-être facilement et rapidement détruit chimiquement (avec une pâte caustique) ou thermiquement avec un brûle-corne.

PYB : Je n’écorne jamais pendant les quinze premiers jours de vie, période où le veau est fragile. Le stress de l’opération peut déclencher des diarrhées.

XXLait : « Quel protocole conseillez-vous pour atténuer la douleur ? »

FXT : Le protocole qui permet de vraiment atténuer la douleur pendant toute l’opération comprend trois grandes étapes (voir la description détaillée de ce protocole au Gaec du Bas-Epinay dans un autre article). D’abord, une injection d’un sédatif pour calmer le veau afin qu’il ne bouge pas pendant toute la durée de l’opération. Ensuite, on va anesthésier le nerf cornual pour couper l’influx nerveux douloureux.  L’injection d’un anti-inflammatoire à base de Méloxicam, seule molécule ayant une indication pour l’écornage, va inhiber l’inflammation et atténuer la douleur. C’est le protocole complet. Il requiert une formation pour bien cibler l’anesthésie locale.

PYB : L’injection de l’anesthésique local est délicate et il faut attendre, en surveillant le veau, une bonne dizaine de minutes pour qu’il fasse de l’effet. Quand je n’ai pas suffisamment de temps disponible,  j’utilise un protocole plus léger avec les injections du sédatif et de l’anti-inflammatoire. La moitié de mes veaux sont écornés avec le protocole complet et l’autre moitié avec le protocole plus léger. Je recommande également de laisser le cornadis libre pendant les deux jours qui suivent l’écornage pour que le veau ne tape pas dedans ce qui réveillerait la douleur.

XXLait : Combien d’éleveurs ont suivi une formation à l’écornage sans douleur ?

FXT : Sur les 150 éleveurs de notre clientèle, j’estime qu’une majorité est sensible à la douleur du veau pendant l’écornage. Cependant, seulement deux d’entre eux ont suivi la formation au protocole complet et, à ma connaissance, sept appliquent le protocole plus léger. Les comportements progressent doucement.

XXLait : Le protocole est-il coûteux ou délicat à mettre en œuvre ?

FXT : Le protocole complet coûte environ 5 € par veau en produits vétérinaires, ce qui n’est pas un obstacle. L’anesthésie locale peut paraître compliquée pour un éleveur car il faut cibler la zone du nerf cornual. Or, il n’y a pas de risque de blesser l’animal ;  elle ne sera pas suffisamment efficace si l’injection est mal placée. C’est un acte qui se maîtrise facilement avec de la pratique.

PYB : Pour moi, il y a deux inconvénients. Tout d’abord, les temps d’attente des produits doublent la durée de l’écornage. En effet, je dois attendre 10 minutes pour que l’anesthésique fasse de l’effet avant d’écorner. Il faut également avoir des lots de cinq veaux minimum avec un écart d’âge de quinze jours maximum dont les plus jeunes ont au moins deux semaines.

FXT : Pour réduire la durée de l’écornage, il est possible d’anesthésier plusieurs veaux à la fois puisque la durée d’action de la Procaïne, la molécule de l’anesthésique, est de 30 minutes. Ce qui nécessite d’avoir une contention au cornadis et non en cage comme dans l’élevage de Pierre-Yves Bihan.

XXLait : « Quels conseils donneriez-vous aux éleveurs pour que l’écornage devienne moins pénible ? »

FXT : Lors de mes visites, j’incite les éleveurs à, au moins, mettre en œuvre le protocole simple. Il ne nécessite pas de formation particulière car ce sont des injections intramusculaires ou sous-cutanées. Des études ont montré qu’en utilisant un anti-inflammatoire après l’écornage, les veaux mangeaient mieux, végétaient moins et avaient moins de risque de déclencher des maladies grâce à la diminution du stress.

PYB : Ce protocole permet d’écorner au bon âge, avec du matériel à action rapide, de diminuer le stress pendant l’opération et de réduire la douleur après. C’est donc un progrès important par rapport à l’absence totale de prise en charge de la douleur.

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