Home Organisation Le Gaec des Fermes : en mode développement durable
Le Gaec des Fermes : en mode développement durable 5

Le Gaec des Fermes : en mode développement durable

0
0

Rentabilité économique, viabilité sociale et attention portée aux attentes sociétales et des consommateurs sont au cœur des projets de développement du Gaec des Fermes à Hénon, dans les Côtes d’Armor.

Le Gaec des Fermes à Hénon (22) a été créé en l’an 2000 par Jacky Pelotte et les parents de Julien Verdes. A cette date, les trois éleveurs produisaient 375 000 litres de lait avec 60 vaches laitières sur 90 ha. L’année 2008 marque une décennie de développement du Gaec avec l’arrivée de Julien Verdes qui s’installe en reprenant une exploitation. Le quota laitier augmente alors à 714 000 litres de lait et la surface à 120 ha. Un nouveau bâtiment pour les vaches laitières de 100 places est construit. Il sera automatisé en 2013 avec l’installation d’un DAC (Distributeur Automatique de Concentrés) et de racleurs. En 2016, le père de Julien Verdes prend sa retraite et Jérôme Milon, un salarié embauché en 2014, le remplace en tant qu’associé. En s’installant, il apporte 400 000 litres de lait et 30 ha de SAU à l’exploitation qui atteint alors sa structure actuelle avec 150 ha et 1 220 000 litres de quota A auxquels s’ajoutent 180 000 litres de quota B. Lors du départ en retraite de la mère de Julien Verdes, en 2018, un nouvel associé, Jaïck Moisan intègre la structure et le quota B est transformé en quota A portant le droit à produire à 1,4 million de litres de lait. De nouveaux investissements en bâtiments sont réalisés qui visent à regrouper tout le cheptel laitier sur un seul site, alors qu’il était éparpillé sur trois sites. Les fourrages sont toujours produits sur trois sites très proches puisque l’ensemble du parcellaire est groupé dans un rayon de 2,5 km autour du siège de l’exploitation.

Pour qu’il soit durable, les associés du Gaec ont toujours pensé que leur développement doit reposer sur quatre piliers : 1/ la rentabilité économique et donc la performance technique, 2/ la qualité de vie au travail et personnelle, 3/ prendre en compte les évolutions des demandes sociétales et des consommateurs et 4/ respecter l’environnement. Les éleveurs restent en veille sur les normes environnementales. Ils ont demandé un diagnostic CAP’2ER pour connaître l’empreinte carbone (0,69 kg éq CO2 par litre de lait corrigé) et l’empreinte azote (72 kg N / ha de SAU lait en excédent) de leur exploitation.

Un coût de production de 259 € / 1000 litres de lait

En 2018 (exercice clôt en mars 2018), la rémunération moyenne du lait était de 345 € par 1000 litres de lait vendus. Près de 60 € de produit viande et de vente de dix-huit primipares à deux mois de lactation complètent les ventes de l’atelier laitier qui atteignent à 404 € / 1000 litres. Le coût de production est de 259 € par 1000 litres (hors rémunération du travail) grâce à une bonne maîtrise des charges opérationnelles (en particulier les coûts alimentaires) et à une dilution des charges fixes liée à une productivité élevée des vaches (Voir le tableau 1 des résultats économiques). « J’estime que nous gagnons notre vie correctement, bien que nous ayons réalisé des investissements assez lourds dans les bâtiments ces dernières années » se satisfait Julien Verdes.

« Pour nous, les deux facteurs qui expliquent nos résultats économiques satisfaisants, c’est 1/ de la présence pour assurer de bons résultats techniques et 2/ un bon niveau de production laitière qui permet une productivité de 10 000 litres de lait par place de bâtiment » poursuit l’éleveur. Les éleveurs suivent de près les indicateurs de qualité et de composition du lait, le coût alimentaire et les performances de reproduction. « Pour nous, l’intervalle vêlage-vêlage (de 392 jours dans l’élevage) est également un indicateur important pour conserver un mois moyen de lactation en dessous de six mois et donc une production laitière de plus de 10 000 kg par place de bâtiment. Cela nous permet de diluer les charges de structure liés au bâtiment » analyse l’éleveur. Au total, les coûts de structure sont de 121€ / 1000 litres en 2018, un niveau bien inférieur à la moyenne des éleveurs suivis par Xpertia®, un cabinet de conseil en stratégie technique et économique avec lequel les éleveurs travaillent.

Le prix moyen de vente est de 345 euros / 1000 litres avec un coût de production de 259 euros / 1000 litres (hors rémunération du travail).

Trois semaines de vacances par an

Les associés ont beaucoup investit et continuent d’investir pour améliorer la qualité de vie au travail et pouvoir libérer des week-ends et du temps pour les vacances. La localisation de tous les animaux (vaches laitières, vaches taries et génisses) sur un même site a simplifié le travail. Le bâtiment des taries et des génisses est équipé d’un double couloir de distribution de part et d’autre de l’aire paillée, l’un d’eux ne servant qu’à la distribution de paille à volonté. « Comme cela, nous n’avons pas à distribuer cette paille tous les jours » justifie l’éleveur. L’élevage est équipé de détecteurs de chaleur et de vêlage. « Nous tenons à surveiller tous les vêlages y compris ceux de nuit. Les vêlages nocturnes ne sont pas si nombreux et, en plus, avec les détecteurs de vêlage, nous savons que nous ne nous déplaçons pas pour rien ».  Les journées de travail restent longues sur l’exploitation puisque les deux associés en charge de l’atelier laitier sont présents de 7h00 à 19h30 avec quatre heures de traite quotidiennes à deux.

Le bâtiment des laitières est en cours d’agrandissement. L’extension abritera les parcs de vêlage sur aire paillée. La place libérée dans le bâtiment permettra l’installation de deux robots de traite.

Les quatre associés se sont organisés en deux équipes pour le travail d’astreinte du week-end ce qui leur permet d’être libres un week-end sur deux. Ils prennent tous trois semaines de vacances, une semaine en hiver et deux en été.

Ils viennent d’investir dans des robots de traite en cours d’installation, ce qui leur permettra de supprimer les quatre heures de traite par jour, d’avoir plus de souplesse dans l’organisation du travail et de préparer le départ en retraite de l’un des associés. « Lorsque la traite sera robotisée, l’un des associés en charge de l’atelier laitier sera plus disponible pour aider au travail des cultures de printemps. A cette période, la mise en place des clôtures pour le pâturage des génisses et les semis de maïs, qui prennent de plus de temps en comptant les récoltes des cultures intermédiaires, constituent une charge importante de travail » justifie Julien Verdes. L’un des associés, Jacky Belotte, a prévu de partir en retraite en 2022. Il est en charge de l’atelier veaux de boucherie qui sera alors arrêté. « Avec la traite robotisée et l’arrêt de l’atelier veaux de boucherie, une seule personne devrait suffire pour l’astreinte du week-end. Nous pourrons alors libérer deux week-ends sur trois».

Usage raisonné des antibiotiques

Les associés sont attentifs aux attentes sociétales vis-à-vis de l’élevage et aux attentes des consommateurs de produits laitiers, ce qui se traduit dans leur élevage par 1/ le maintien du pâturage quelques heures par jour, 2/ la gestion de la douleur lors de l’écornage des veaux (l’éleveur a suivi une formation sur ce sujet avec son vétérinaire) et 3/ un usage raisonné des antibiotiques.

« Notre objectif est de maintenir la sortie des animaux au moins trois heures par jour sur la période de mars à novembre, y compris lorsque les robots de traite fonctionneront. C’est pourquoi, nous voulons limiter le nombre de vaches traites par robot à soixante » explique Julien Verdes. Douzeares de prairie par vache sont accessibles autour des bâtiments.

L’usage raisonné des antibiotiques est un comportement naturel au quotidien dans l’élevage. « Nous préférons agir en préventif plutôt qu’en curatif car nous sommes persuadés d’être gagnant économiquement bien que notre investissement en prévention vétérinaire soit de 23 € par 1000 litres » justifie Julien Verdes. Les veaux sont vaccinés contre le BVD (la proximité de l’atelier de veaux de boucherie l’impose) et contre les maladies respiratoires. Les éleveurs cherchent également à améliorer la rusticité des animaux. Le génotypage est un outil intéressant pour ce faire comme l’explique Julien Verdes. « Toutes nos génisses sont génotypées. Les animaux négatifs en santé mammaire et en fertilité sont réformés ou inséminés avec des taureaux à viande pour supprimer les souches génétiques trop sensibles ».

Avant de soigner des animaux, les éleveurs prennent leur température, observent les yeux, les bouses. « Nous ne traitons pas nos animaux aux antibiotiques à l’aveugle. Si j’ai un doute, je demande conseil au vétérinaire » insiste l’éleveur. « Par exemple, avant de soigner une mammite, nous réalisons systématiquement une analyse bactériologique pour bien cibler les traitements. Et dès que l’on a vu que le taux cellulaire montait, on a fait un audit cellulaire ce qui nous a conduit à installer une décontamination des griffes des faisceaux trayeurs » ajoute l’éleveur. Pour réduire l’usage des antibiotiques intramammaire, les éleveurs applique un protocole de tarissement différencié en fonction du statut cellulaire des vaches. Ainsi, un tiers des vaches (celles à moins de 100 000 cellules avant le tarissement) sont taries uniquement avec des bouchons.

 « Nous allons continuer d’avoir des projets pour avancer car, je ne conçois pas de travailler pendant 30 ans avec le même système et pourquoi pas un projet de méthanisation » conclue l’éleveur. Toujours en intégrant la rentabilité technico-économique, la viabilité sociale, la demande sociétale et le respect de l’environnement pour pérenniser leur exploitation.

Laisser un commentaire