Home Fourrage L’amidon des récoltes tardives : dur à digérer !
L’amidon des récoltes tardives : dur à digérer ! 5
0

L’amidon des récoltes tardives : dur à digérer !

0
0

“Comment évolue la valeur énergétique du maïs fourrage en cours de végétation ?”

Le maïs fourrage accumule de l’amidon avec le stade de maturité. Ainsi, en très bonnes conditions de végétation, entre 28 % et 41 % de matière sèche (ndlr : notée dans le reste du texte MS), le taux d’amidon passe de 27,6 % à 41,4% (2). Parallèlement, le rendement augmente et la digestibilité des fibres diminue de 57 % à 52 % (2).  La baisse de digestibilité des parois végétales avec le stade de maturité est compensée par l’augmentation de la quantité d’amidon. Au final, la digestibilité de la plante entière varie peu avec l’augmentation de la matière sèche.

“Si la digestibilité varie peu avec la matière sèche, pourquoi recommande-t-on alors de récolter entre 32 % et 35 % de matière sèche ?”

La première raison est qu’un maïs sec est plus difficile à conserver : il demande plus de temps de tassage et le taux de sucres solubles, plus faible, limite le développement des bactéries lactiques qui permettent de stabiliser le silo en l’acidifiant. Ensuite, lorsque le taux de matière sèche augmente, l’amidon devient plus vitreux et sa dégradabilité par les bactéries amilolytiques du rumen diminue. Ainsi, entre 33 % et 41 % de MS, la dégradabilité ruminale de l’amidon baisse de 5 points (2) . Concrètement, avec une ration comportant 12 kg MS / j de maïs, la quantité d’amidon by-pass c’est-à-dire qui sort du rumen sans avoir été dégradé par les micro-organismes passe de 0,6 kg à plus de 1 kg lorsque le taux de matière sèche augmente de 33 % à 41 %.

“Quelles en sont les conséquences ?”

Premièrement, la quantité de PDIE du maïs diminue car la quantité d’énergie disponible pour fabriquer les protéines microbiennes diminue. Il faut alors compenser en ajoutant dans la ration, soit de l’énergie rapidement fermentescible soit, un surplus de correcteur azoté. Ensuite, seulement 90 à 95 % de l’amidon by-pass est digéré dans l’intestin grêle ; le reliquat est excrété dans les bouses entraînant une perte de valeur UFL du maïs. Pour améliorer l’efficacité de transformation du maïs, il est préférable de rechercher une dégradabilité ruminale élevée de son amidon de l’ordre de 80 à 85 %. On évitera les acidoses en incorporant, si besoin, d’autres types de fourrage pour limiter le taux d’amidon dégradable dans la ration à 20 %.

“Concrètement, comment un éleveur peut-il se rendre compte de la mauvaise efficacité de sa ration ?”

En plus de l’Indice de Transformation Laitière (3) ,  les éleveurs peuvent utiliser « le test de la passoire » qui est très visuel et très simple à mettre en œuvre. Il consiste à prélever, dans un gobelet de 30 à 50 cl, un échantillon de différentes bouses et de le laver dans une passoire. Le volume des résidus dans la passoire, une fois essorés, ne doit pas dépasser un tiers du volume initial de l’échantillon de bouse (4) . On devrait retrouver très peu de grains dans ces résidus. D’après Eilyps, l’organisme de conseil en élevage d’Ille et Vilaine, compter 10 grains dans ces résidus équivaut à perdre entre 1 et 1,3 kg de lait par vache et par jour. La présence excessive de grains peut-être lié à un ensilage trop tardif avec une ouverture du silo trop rapide, ou à un mauvais éclatement du grain, ou à un mauvais apport d’azote ou, encore, à une sub-acidose en présence de bouses liquides.

“Comment se donner toutes les chances de récolter au bon stade ?”

La palette des outils disponibles pour récolter au bon stade est large. Dans tous les cas, il faut anticiper et s’astreindre à faire le tour des parcelles dès la mi-août en évitant les rangs de bordure qui sont toujours plus avancés en stade. Les organismes de conseil en élevage, certaines coopératives, certains semenciers organisent des rendez-vous pour mesurer le taux de matière sèche de quelques pieds de maïs et prévoir une date de récolte à partir de l’historique météo régionale. Le semencier Syngenta a créé un outil disponible gratuitement sur internet pour évaluer le taux de matière sèche à partir de l’observation du grain et de la plante entière. Après cette première estimation de date, il faut continuer de suivre et d’observer les parcelles. En effet, en cas de coup de chaleur et de déficit hydrique marqué, le maïs peut gagner un point de matière sèche par jour comme en 2016.

“Qu’est-ce qu’il est possible de faire pour valoriser au mieux des ensilages à sur-maturité ?”

Tout d’abord, chacun sait qu’un maïs sec se tasse plus difficilement avec des risques de développement de moisissures. Pour faciliter le tassage, il faut diminuer la longueur de hachage. Ainsi, un éleveur qui hache habituellement à 18 mm, diminuera cette longueur à 14 mm pour un maïs entre 36 % et 40 % de MS voire à 10 mm pour des maïs à plus de 40 % de MS. Ensuite, le grain sec étant plus difficilement dégradable dans le rumen, il faudra resserrer l’éclateur de l’ensileuse pour bien l’éclater voire le pulvériser. Pour un maïs sec, la dégradabilité ruminale augmente de 10 à 20 points entre un éclatement grossier et un grain pulvérisé. Dans le silo, le grain subit des transformations et la dégradabilité de l’amidon augmente avec la durée de conservation. Ainsi, la dégradabilité ruminale de l’amidon d’un maïs ensilé à 41 % augmente de près de 6 points après six mois de conservation. Pour mieux valoriser les maïs secs, il faudra veiller à ne pas les ouvrir avant 3 mois.

Ensileuse Claas équipé d’un éclateur MCC Max. Le grain sec étant plus difficilement dégradable dans le rumen, surtout s’il s’agit d’une génétique coréne, il faudra resserrer l’éclateur de l’ensileuse pour bien le pulvériser.

Laisser un commentaire