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La luzerne: exigeante mais elle vous le rend bien !

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Stéphane Guéguen du Finistère et Jean-Luc Boucher de la Sarthe, deux passionnés de luzerne, nous livrent leurs expériences d’exploitation et de valorisation de cette légumineuse. selon eux, elle explique en grande partie leurs bons résultats. Mais, avant de se lancer il est conseillé de bien penser à l’organisation des chantiers de récolte et à la distribution.

Reportage AGRINOVA à Piacé au G.A.E.C. Boucher, Sarthe, le 08/04/15.
Crédit: C.Ablain

Jean-Luc Boucher, installé à Piacé dans la Sarthe, est un convaincu des bienfaits de la luzerne : «c’est la plante reine de la production laitière ». Depuis sept ans, il distribue une ration mélangée avec 3 kg MS d’ensilage de luzerne par vache. Pour lui, c’est surtout un fourrage santé : «Nous n’avons pas de chiffre pour le démontrer hormis que nos frais vétérinaires sont inférieurs à la moyenne de notre centre de gestion. Nous avons des taux, du lait, les vaches ont toujours de l’appétit, un beau poil et aucun problème métabolique. Pour moi, ces bons résultats sont liés à la luzerne». Dans son élevage, les 11 ha de luzerne contribuent également à sécuriser le système fourrager avec les 15 ha de méteil et les 10 ha de fétuques plus trèfle violet : «Avec 120 vaches, il faut de la bouffe. Nous ne sommes pas assurés de faire du bon maïs tous les ans à cause de la sécheresse. Avec 60 ha de maïs, passer d’un rendement de 16 à 12 tonnes ça fait une sacrée différence». Quant à Stéphane Guéguen qui exploite à Ploumoguer dans le nord du Finistère, c’est suite à de l’acidose qu’il a intégré de la luzerne dans la ration. «Un hiver on a eu un maïs très acidogène qui nous a obligé à acheter du foin de luzerne. Alors là, la production des vaches a décollé, les vaches étaient en super forme. Depuis, cela fait trois ans que l’on fait de l’ensilage de luzerne. Avec de l’ensilage de graminées et de légumineuses, on arriverait à avoir au moins autant de MAT à l’ha. Mais c’est grâce aux aspects fibre et santé que je garde la luzerne». Son nutritionniste Benoit Réalland, membre du réseau des nutritionnistes indépendants BDM, confirme les intérêts de la luzerne sur la santé des vaches : «Dès que vous avez des vaches en acidose, elles deviennent plus sensibles aux pathogènes avec des mammites, des grippes». De plus, pour lui, l’ensilage de luzerne avec une teneur de 18 à 22 % de MAT diminue les achats de correcteur azoté et permet de maîtriser les coûts alimentaires.

 

Trois fois plus de surface que les besoins

luzerne2Le rendement est maximal les deuxième et troisième années. Pour conserver une production régulière d’une année sur l’autre, un bon compromis est de ressemer la moitié de la surface tous les deux ans. Etant donné qu’il est impératif d’attendre au moins 6 années pour ressemer une luzerne dans une même parcelle, il faut disposer de trois fois plus de surface favorable à la luzerne que ce dont le troupeau a besoin. Selon Philippe Gratadou du semencier Jouffray-Drillaud, «La luzerne peut être implantée dans des types de sols très variés. Il faut simplement qu’ils ne soient pas asphyxiants afin de permettre la symbiose entre la plante et le rhizobium, qu’il n’y ait pas de semelle de labour pour la bonne implantation du pivot et enfin que le pH soit de 6,2 au minimum. À ce niveau de pH, la luzerne est possible mais il faut des apports réguliers de calcium et une inoculation de rhizobium». Avec un ph autour de 6.2, le Gaec Guéguen-Legoff apporte annuellement 200 unités de CAO/ha et le Gaec Boucher amende régulièrement en calcium avec un ph de 7. L’éloignement des parcelles par rapport aux silos est également à prendre en compte dans le choix des parcelles. «Au-delà de 3 à 4 km, le temps de réalisation des chantiers d’ensilage augmente trop en particulier avec une remorque autochargeuse» prévient Jean-Luc Boucher.

 

Au moins 40% de matière sèche

luzerne3Le meilleur stade pour faucher est l’apparition des bourgeons car c’est à ce moment qu’elle produit le maximum de protéines et d’uF à l’ha. Mais si la fenêtre météo est favorable, il est préférable d’anticiper la récolte. «Dans la ration, une luzerne au bon stade c’est génial mais récoltée à un stade avancée c’est catastrophique au niveau UFL, PDI et ingestion» avertit Benoit Réalland. Après la première fauche de mai, la luzerne impose son rythme de fauche tous les 28 à 35 jours dans la Sarthe et tous les 35 à 42 jours dans le nord Finistère. C’est une plante pauvre en sucre avec un fort pouvoir tampon. «Pour une bonne conservation, il est impératif d’obtenir un niveau de matière sèche supérieur à 40% en particulier avec une autochargeuse qui coupe des brins de 3-4 cm» affirme Jean-Luc. Pour atteindre cet objectif (41% de MS en 2ème coupe en juin 2014), il fauche en matinée alors qu’un deuxième associé fane en suivant à une vitesse lente de 5 à 6 km/h. Le lendemain, la luzerne est andainée et au troisième jour elle est ensilée en incorporant un conservateur. Stéphane ajoute que pour préserver les feuilles, la totalité de la surface est fauchée entre la fin de la rosée et midi quitte à utiliser deux faucheuses en simultanée. Il s’est également équipé d’un andaineur soleil pour ramasser le maximum de feuilles. Lors de la confection du silo, «avec ce haut niveau de matière sèche, la densité du tassement est primordiale» insistent les deux éleveurs. «Le mieux est de vider l’autochargeuse à côté du silo et de le monter en couches fines et régulières». Certains éleveurs finissent par une couche de drêche de 30 à 40 cm ou une coupe directe de graminées ce qui apporte du poids et une diffusion de sucres.

 

La récolte impose son agenda

«La première récolte de mai n’est pas contraignante dans notre calendrier de travail, mais quand arrive le mois de juillet et que la moissonneuse est au milieu des champs, il faut privilégier la récolte de la luzerne sous peine de perte de valeur alimentaire importante» avertissent les éleveurs. Sur l’ensemble d’une campagne, récolter un ha de luzerne c’est 6 à 8 heures de travail réparties sur 12 à 15 jours. Ce sont des chantiers difficiles à concevoir avec une ensileuse car il faut mobiliser les remorques des voisins avec la difficulté de rendre le temps de travail. Dans ces deux élevages, les récoltes sont assurées à l’autochargeuse, l’une en CUMA et l’autre en ETA avec seulement deux personnes.

 

Concentrer l’énergie avec du maïs épis ou humide

«luzerne5L’inconvénient de la luzerne c’est sa faiblesse en énergie avec une valeur limitée à 0.80 UFL / kg MS. Il faut donc apporter une source concentrée d’énergie» conseille Benoit Réalland. Le GAEC Boucher a choisi le maïs épis : «Certes, le maïs épis est moins riche que le maïs humide avec 1.08 UFL au kg MS contre 1.22 UFL, mais c’est très simple à faire et surtout deux fois moins cher à récolter». Benoit Réalland marque une nette préférence pour le maïs humide plus riche, moins encombrant et qui se substitue donc moins au maïs ensilage. Cette année, le GAEC Guéguen a expérimenté la coupe du maïs ensilage au-dessus du genou. Cette coupe haute a permis de gagner 3 points d’amidon et 0.04 UFL / kg Ms mais diminue le rendement d’1,5 tonnes MS et nécessite de broyer les cannes.

 

Une ration a 110€/1000L

luzerne6Les deux rations incorporent cinq à six ingrédients de base ce qui impose des silos de stockage groupés pour contenir le temps de distribution autour d’une demi-heure par jour. Malgré des rations et des conduites d’élevage différentes le coût alimentaire aux 1000 litres est proche de 110 € dans les deux élevages. Dans son groupe lait, la ration de Jean-Luc Boucher ne fait pas partie des plus économiques puisque selon lui, les rations complètes avec foin, maïs ensilage et tourteaux de colza coûtent 20 € de moins aux 1000 litres.
Selon l’éleveur, sa ration permet cependant plus de lait par vache avec plus de sécurité  et plus de longévité. Distribuer de la luzerne aux vaches en préparation au vêlage augmente les risques de fièvre et lait et de non-délivrance. Il est donc fortement déconseillé de leur distribuer un tiers de la ration des laitières. Selon Benoit Réalland «dans ce cas, une ration à base de maïs ensilage et de paille assure une bonne transition alimentaire avant et après vêlage». Pour simplifier le travail, le GAEC Boucher distribue quand même de la luzerne dans la ration des vaches en préparation au vêlage avec du chlorure de magnésium ainsi que des produits de prévention pour les troisièmes lactations et plus.

 

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