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Jacques Capdeville de l’Institut de l’élevage: « En été, le bâtiment du futur, c’est un parasol » 5
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Jacques Capdeville de l’Institut de l’élevage: « En été, le bâtiment du futur, c’est un parasol »

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Dès que la température dépasse 25 degrés, une vache souffre de la chaleur. Or, dans une majorité des grands élevages laitiers, les animaux passent l’été dans leur bâtiment. Pour Jacques Capdeville, chef de projet Bâtiments d’Elevage à l’Institut de l’Elevage, la maîtrise du stress thermique pendant l’été doit–être intégrée dès la réflexion des projets bâtiments que ce soit pour du neuf ou de l’agrandissement.

XXLait: Pour juger de l’ambiance estivale dans son bâtiment, quels sont les signes à observer ?

Jacques Capdeville (JC) : L’été, en entrant dans son bâtiment, l’éleveur doit-être mieux que dehors, l’ambiance ne doit pas être plus étouffante. Prenons par exemple le bâtiment du lycée agricole de Pau : avec 35 degrés dehors, on a l’impression qu’il est climatisé. Les deux faces sont ouvertes, la toiture est isolée avec un vide de 15 mm tous les mètres pour l’extraction d’air. La lumière est diffusée grâce à un dôme translucide central ventilant. Un autre signe de stress thermique, c’est la chute de lait. Il est normal de mesurer des baisses de 2 à 3 litres lors de phases de canicule, mais plus de 5 litres sur tout le troupeau indique un stress thermique très fort. De même, si en été la première insémination est non fécondante sur une grande partie des vaches, la situation est manifestement à corriger.

XXLait: Comment limiter la chaleur estivale dans le bâtiment des laitières ?

JC : En isolant le bâtiment de la chaleur et en créant les conditions d’une ventilation efficace. La ventilation fonctionne essentiellement grâce aux vents et non par simple effet de l’air chaud qui monte comme beaucoup le pensent. Avec le changement climatique, il n’y a plus de vents dominants et sur un site d’élevage quel qu’il soit, il y a au moins 3 directions du vent. La ventilation doit être intégrée au tout début de la réflexion du projet avec un diagnostic de la parcelle du site d’implantation. Le site choisi doit-être dégagé avec le moins d’obstacle possible à l’écoulement du vent et doit permettre une orientation satisfaisante du bâtiment. La bonne orientation pour la ventilation n’est pas forcément celle parallèle à la route ou facilitant l’accès du camion laitier !

enquête XXLait auprès de 112 élevages de plus de 100 vaches, juin 2016.

XXLait: Que faire pour réussir une ventilation efficace du bâtiment ?

JC : Les façades doivent-être intégralement modulables avec, par exemple, des rideaux brise-vent enroulables. Sur les pignons, on peut se contenter de faire respirer les pointes. Il est inenvisageable qu’un bâtiment avec un sous-bassement en béton banché et du bardage ajouré au-dessus se ventile correctement l’été. Non seulement, il est chaud dans la journée mais en plus, il accumule de la chaleur qu’il restitue dans la nuit empêchant les animaux de récupérer. Alors que dans un bâtiment avec des façades ouvrables, les animaux souffrent moins de la chaleur dans la journée et dès qu’il va faire frais en soirée il va se ventiler en permettant aux animaux de récupérer. Plus le bâtiment est ouvert sur les quatre faces, meilleure sera l’ambiance en été. L’image que l’on peut avoir du bâtiment d’aujourd’hui, c’est un parasol en été tout en protégeant les animaux aussi bien qu’avec des bardages fixes en hiver.

XXLait: Quelles sont vos préconisations pour ouvrir / fermer les rideaux brise-vent ?

JC : L’été, les ouvertures des bâtiments devraient être gérées comme celles des maisons d’habitation du sud. La nuit, on ventile pour faire entrer la fraîcheur et, au matin, dès que le soleil pointe on ferme pour ne pas laisser la chaleur pénétrer. Aujourd’hui, les systèmes automatiques d’ouverture et de fermeture des rideaux brise-vent sont pilotés sur la température et plus il fait chaud plus ils vont ouvrir. C’est bien pour l’hiver mais pas pour l’été.

XXLait: Les sorties d’air sont également importantes pour que le bâtiment se ventile : comment les disposer ?

Jacques Capdeville de l’Institut de l’Elevage.
Jacques Capdeville de l’Institut de l’Elevage.

JC : La sortie de l’air se fait grâce à des ouvertures sur le toit dimensionnées pour que le tirage dû au vent fonctionne bien. C’est le vent qui, en longeant la toiture, crée une dépression source du tirage. S’il n’y a pas de vent ça ne tire pas. Quand la distance entre l’entrée et la sortie d’air est supérieure à sept mètres environ, la ventilation ne fonctionne pas bien. C’est pour ça que les bâtiments de plus de 35 mètres de large avec des ouvertures latérales et une faîtière centrale ne se ventilent pas bien. Construire un grand bi-pentes est une erreur technique alors que c’est l’idée qui vient spontanément à l’esprit. Il faut casser les volumes : construire un grand volume, c’est risqué. Plutôt faire deux ou trois petits volumes avec à la jonction de ces volumes un maximum de respiration.

XXLait: Pour vous, quelle est la largeur de bâtiment à ne pas dépasser pour garantir une ventilation correcte ?

JC : Avec 25 à 30 mètres de large sur un site ordinaire on ne prend pas trop de risque. Très peu de sites sont aptes à recevoir un bâtiment de 35 ou 40 mètres de large permettant une bonne ventilation. J’ai visité la ferme des 1000 vaches où j’ai vu des animaux dans un très bon état sanitaire et de bien-être. Le bâtiment des laitières fait 37 mètres de large mais il est exposé aux vents de la mer sans aucun obstacle. Les côtés peuvent-être fermés par des bâches enroulables de bas en haut sans aucun mur. Tout est ouvert quasiment tout le temps sauf en cas de vents importants.

XXLait: Et pour isoler le bâtiment, comment fait-on ?

JC : Le soleil du sud, du sud-ouest et de l’ouest va chauffer le bâtiment l’été : on ne met surtout pas de translucides en toiture sur ces longs pans là. On peut chercher la lumière du matin avec des translucides à l’est et au sud-est mais pas plus. C’est pourquoi, les dômes lumineux centraux connaissent un succès. Là aussi il faut rester raisonnable avec un dôme de moins de deux mètres de large ventilé, en matériau translucide qui diffuse la lumière sans rayonnement direct au sol. Après, dans beaucoup de régions, il faut une toiture isolée contre la chaleur en panneaux sandwich par exemple (toile d’acier avec un isolant entre les 2). Mais avec ce type de matériau, on a du mal à faire des relais de sortie d’air en toiture.

XXLait: Quelles sont les solutions quand on agrandit son bâtiment ?

JC : Dès que l’on veut agrandir un bâtiment avec des animaux d’un seul côté du couloir de distribution, on met généralement des animaux de l’autre côté ce qui peut aboutir à un bâtiment qui se ventile mal. On prend moins de risque à allonger un bâtiment qu’à l’élargir si le terrain s’y prête. Juxtaposer des bâtiments les uns à côté des autres sans réfléchir au fonctionnement de la ventilation conduit à des erreurs. Des recours à des ventilateurs qui créent des déplacements d’air de deux à quatre mètres par seconde là où vivent les animaux est une solution de qualité quand c’est bien conçu. Quand on installe le nombre de ventilateurs nécessaire, en général, on en est très satisfait. Si pour des raisons de coût, on fait de la demi-mesure ça peut être pire qu’avant : les animaux se concentrent dans les zones où il fait meilleur qui alors se salissent énormément.


XXLait: 
Quels sont les intérêts de compléter le brassage d’air avec de la brumisation ?

JC : Mise en service les jours où il fait chaud et sec en combinée avec des flux d’air rapides, la brumisation va apporter un plus énorme. Mais déclencher la brumisation en cas de chaleurs humides (ce qui est souvent le cas avec des chaleurs orageuses) va aggraver le stress thermique parce que les vaches craignent énormément la chaleur humide.

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