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Ghislain Boucher, chef de produit chez Provimi : « Maximiser la production microbienne pour plus d’efficacité des protéines » 5
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Ghislain Boucher, chef de produit chez Provimi : « Maximiser la production microbienne pour plus d’efficacité des protéines »

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Selon une enquête de terrain réalisée par Provimi®, l’efficacité de transformation des protéines des rations en protéines laitières est insuffisante dans une grande partie des élevages laitiers. Plusieurs voies existent pour l’améliorer et en particulier, l’accroissement de la population microbienne du rumen. Explications de Ghislain Boucher, chef de produit chez Provimi®

XXLait : Pourquoi s’intéresser à l’efficacité de transformation des protéines ?

Ghislain Boucher (GB) : Il existe encore des leviers pour optimiser les coûts de production et en particulier le coût alimentaire. Nous sommes entrés dans une période de forte volatilité des prix du lait et des matières premières  et améliorer l’efficacité technique et économique des pratiques d’élevage est crucial. L’efficacité de transformation de la matière azotée ingérée en protéines laitières est insuffisante dans beaucoup d’élevages ce qui entraîne des gaspillages.

XXLait : Comment savoir si les protéines alimentaires sont bien valorisées ?

GB : En calculant l’indicateur d’efficacité des protéines, l’ITN, c’est-à-dire la quantité de protéines exportées dans le lait divisée par la quantité de protéines ingérées. Au Gaec des Lilas, la ferme Innovation Provimi où nous avons conduit un essai sur l’efficacité de transformation des protéines, l’ITN est actuellement de 26,6 %, une valeur plutôt faible pour cet élevage qui a vu la production diminuée avec le passage sur le nouveau maïs. Toutefois 26,6%  correspond à la moyenne observée sur le terrain  (voir l’encadré sur le calcul de l’ITN). Ce qui signifie que près de trois-quarts des protéines ne sont pas transformées en matière protéique du lait : 10 % sont utilisées pour les fonctions d’entretien et 65 % sont excrétées dans les bouses et les urines. Dans cet élevage, augmenter l’ITN au-delà de 30 %, permettrait d’économiser 150 g de protéines par vache et par jour, soit un peu plus 300 g de correcteur à 45 % de MAT.

Calcul de l’ITN au Gaec des Lilas

Données :

Production laitière : 31,8 kg de lait à 32,1 g/kg de TP.

Ingestion : 23,8 kg de matière sèche ingérée à 16,1 % de MAT.

Protéines ingérées : 23,8 kg de matière sèche ingérée X 16,1 % de MAT = 3832 kg de protéines.

Protéines exportées dans le lait : 31,8 kg de lait à 32,1 g/kg de TP = 1020 kg de protéines laitières.

ITN = 1020 / 3832 = 26,6 %

XXLait : Quelle valeur de l’ITN faut-il chercher à atteindre ?

GB : L’objectif est de dépasser 30 % de protéines de la ration transformées en protéines laitières. C’est possible. Nous avons calculé l’ITN dans 21 élevages. La moyenne de l’ITN était de 26,7 % avec, pour les meilleurs, une valeur comprise 30 et 33 % et les moins bons, 21 %. Un ITN inférieur à 28 % pour une production laitière de plus de 30 kg de lait est trop faible et doit conduire à s’interroger sur les voies d’amélioration.

XXLait : Comment peut-on améliorer l’efficacité protéique dans un élevage ?

GB : D’abord, il faut analyser si la ration totale est bien transformée en calculant [/tooltip]l’ITL c’est-à-dire la quantité de matière sèche ingérée pour faire un litre de lait. Dans un grand troupeau, avec un stade de lactation de 5 à 6 mois, l’ITL devrait se situer autour de 750 g secs de ration pour faire un kilo de lait. Il existe un lien fort entre l’ITL et l’ITN ; s’il faut 850 g sec de ration pour faire un kilo de lait,  l’ITN descend à 25 %. Quand l’ITL est mauvais, on va d’abord chercher à l’améliorer en revoyant l’équilibre de la ration, en corrigeant les problèmes sanitaires pour produire plus de lait et donc plus de protéines. Mais, une bonne transformation de la ration n’est pas forcément l’assurance d’une bonne efficacité protéique !

XXLait : Quels sont alors les autres points à analyser ?

GB : Il va donc falloir creuser un peu au niveau de la quantité et de la qualité des protéines distribuées. Lorsqu’un éleveur est insatisfait de la production laitière par vache, son réflexe est, bien souvent, d’augmenter la distribution de correcteur azoté. Or, au-delà de 16 % de MAT dans la ration, l’efficacité marginale des protéines diminue vraiment.

La ration des laitières au Gaec des Lilas (en kg MS / vache).

31,8 kg de lait / VL à 155 j de lactation en moyenne.

A l’auge :

  • Maïs fourrage : 9 kg.
  • Ensilage herbe : 3,5 kg.
  • Foin de luzerne : 2 kg.
  • Ensilage maïs épis : 2 kg.
  • Orge : 0,9 kg
  • Drêche de brasserie : 1,5 kg.
  • Tourteau de colza : 2,2 kg.
  • Minéraux en g / VL : 250 g de CMV (7-21) + 50 g de carbonate + 50 g de sel + 100 g de bicarbonate.

Au robot (en moyenne par vache) :

  • Correcteur protégé : 1,1 kg.
  • Concentré de production à 20 % de MAT : 1,4 kg.

Total Matière Sèche Ingérée (MSI) : 23,8 kg.

ITL (MSI / Lait brut par vache) : 0,748

XXLait : Comment la qualité des protéines permet-elle d’améliorer l’ITN ?

GB : Le rapport entre protéines dégradables dans le rumen et protéines by-pass est important. En effet,  plus de 60 % des besoins protéiques de la vache sont couverts par les microbes du rumen. Il faut donc d’abord chercher à maximiser la population microbienne du rumen. Pour ce faire, on apporte l’énergie dégradable suffisante sans entrer en acidose et suffisamment d’azote soluble et dégradable. Ce sont donc des équilibres à respecter entre énergie dégradable et protéines dégradables, entre protéines solubles et protéines by-pass et entre amidon lent et rapide. Le profil en acide aminés des protéines alimentaires est également déterminant puisque les déficits en acides aminés essentiels limitent la fabrication de protéines laitières. Certaines rations sont déficitaires en méthionine, y compris celles avec des tourteaux de colza.

XXLait : Favoriser le développement de la flore ruminale améliore donc l’efficacité protéique ?

GB : Oui, les protéines microbiennes sont les plus économiques et leurs profils en acides aminés essentiels est proche de celui des protéines laitières. Chez Provimi, cela fait longtemps que l’on utilise des additifs pour augmenter la production de microbes dans le rumen, et donc la quantité de protéines microbiennes. Ces additifs se retrouvent dans notre gamme d’aliments Optitek®. Pour satisfaire les besoins protéiques des vaches, nous avons donc eu l’idée de diminuer les apports protéiques dans la ration tout en stimulant la production microbienne du rumen grâce à des additifs. L’objectif est de diminuer le taux de MAT des correcteurs et donc leur prix tout en gardant le même niveau de performance.

XXLait : Comment avez-vous cherché à valider cette idée ?

GB : Nous avons testé le bienfondé de cette idée dans l’une de nos fermes Innovation Provimi, le Gaec des Lilas à Champneuville. Dans cet élevage, nous avons comparé trois rations : 1/ une ration témoin à 16,7 % de MAT et à 0,97 UFL / kg MS ; 2/ une première ration d’essai contenant des additifs avec 100 g de MAT en moins, c’est-à-dire en utilisant un correcteur azoté avec 2,5 points de MAT en moins par rapport au correcteur de la ration témoin ; 3/ une deuxième ration d’essai contenant également des additifs dans laquelle nous avons retiré 140 g de MAT (le correcteur dosait 3,5 points de MAT en moins par rapport au correcteur témoin) et ajouté de la méthionine protégée.

XXLait : Quels résultats avez-vous mesuré ?

GB : Nous n’avons pas observé d’écart significatif entre les rations que ce soit pour la production laitière (36 kg / VL), le TP (moyenne de 32,8 g / kg) ou le TB (36,5 g / kg en moyenne). Les deux rations d’essai avec additifs ont donc permis d’augmenter l’efficacité protéique de 0,6 point environ avec un ITN de 29,6 car les quantités de protéines ingérées étaient moindres.

XXLait : Quels sont les bénéfices pour l’éleveur ?

GB : Cet essai montre qu’augmenter la production de microbes du rumen avec des additifs permet de baisser le taux de MAT des correcteurs azotés et donc leur prix tout en gardant les mêmes résultats laitiers. Le correcteur azoté utilisé dans la deuxième ration d’essai (avec 3,5 points de MAT en moins) coûtait 29 € la tonne de moins que le correcteur de la ration témoin ce qui représente une économie de 5362 € par an pour le Gaec des Lilas.

Daniel Dubaux, l’un des 4 associés du Gaec des Lilas en charge du troupeau laitier

Le Gaec des Lilas, une ferme Innovation Provimi® depuis 2007.

La société Provimi® réalise un à deux essais par an au Gaec des Lilas à Champneuville dans la Meuse depuis 2007. Les 150 vaches sont traites aux robots pouvant distribuer 4 aliments différents et équipés de préleveurs. Dans le cadre d’un contrat de service avec l’éleveur, Provimi® a participé financièrement à l’acquisition de ces équipements. Les robots permettent de constituer des lots de vaches numériques pour comparer les différents régimes alimentaires testés.

« Nous avons toujours cherché à nous améliorer, nous aimons aller de l’avant. Pour nous c’est enrichissant de faire des essais car nous avons la chance de tester avant tout le monde des innovations et d’adopter précocement les solutions qui nous conviennent » argumente Daniel Dubaux, l’un des quatre associés en charge du troupeau laitier.

Le réseau Innovation Provimi est constitué de 5 élevages, l’objectif étant de monter rapidement à 12.

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