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Une gestion dynamique de l’alimentation pour mieux maîtriser les coûts alimentaires

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Philippe Faverdin, Directeur de Recherche à l’INRA, nous livre ses réflexions prospectives pour améliorer l’efficience économique des rations des hautes productrices.

XXLait : « Au niveau des fourrages, que faut-il travailler pour nourrir des hautes productrices en maîtrisant les coûts ? »

Philippe Faverdin (PhF) : «  Avec l’augmentation des rendements, la teneur en matière azotée du maïs continue de baisser. Aujourd’hui, on trouve des maïs à 6 % de MAT alors qu’ils en contenaient encore 10 % il y a quelques années. Pour produire du lait, il faut remonter à environ 14 % la teneur en MAT de la ration. Dans les systèmes traditionnels, comme sur l’ile de Madagascar, le maïs est toujours associé à des protéagineux comme le haricot. Ce système permettrait de rattraper quelques points d’azote et donc de limiter la complémentation en protéines des rations, tout en améliorant le sol. Dans nos systèmes d’élevage, pour associer les cultures de maïs et de protéagineux, il faut lever un certain nombre de freins : la mécanisation de l’itinéraire cultural, le désherbage, les problèmes de compétition. L’enjeu est important pour les 1,5 millions d’ha de maïs fourrage cultivés en France car la protéine coûte cher.»

XXLait : « Et au niveau des rations, quels sont les progrès possibles ? »

PhF : « « En production laitière, tous les kilos d’aliment n’ont pas le même coût économique. On produit du lait avec des aliments qui ont des rapports de coût de un à plus de trois : le maïs ensilage est autour de 80 € la tonne alors que le coût des concentré de production est proche de 240 € la tonne. Produire jusqu’à 30 kilos de lait avec une ration à base de maïs ensilage et d’un correcteur azoté est globalement peu couteux. Au-delà de ce niveau de production, il faut se poser la question de l’efficience économique des kilos de concentrés distribués. Le rendement marginal des derniers kilos de concentré ajoutés, c’est-à-dire les kilos de lait produits avec ces derniers, est souvent décevant. Les derniers kilos de lait sont donc onéreux à produire. Dans un contexte de forte volatilité du prix du lait et des matières premières, connaître le rendement marginal du dernier kilo de concentré distribué est un enjeu économique important. Si ce dernier kilo ne permet de produire que 0,5 kg de lait, alors qu’il coûte 24 ctes € , cela veut dire que le produit généré ne couvre même pas son coût d’achat ! Or, dans un grand troupeau laitier, économiser 1 kg de concentré de production par vache et par jour, c’est plus de 10 000 € d’économie à la fin de l’année.  »

Dans un contexte de forte volatilité du prix du lait et des matières premières, connaître le rendement marginal du dernier kilo de concentré distribué est un enjeu économique important.

Dans un contexte de forte volatilité du prix du lait et des matières premières, connaître le rendement marginal du dernier kilo de concentré distribué est un enjeu économique important.

XXLait : « Cela vaut-il également pour les rations complètes ? »

PhF : «Tout à fait. La question sera alors de définir la ou les concentrations énergétiques à viser. Par exemple, les gestionnaires des troupeaux laitiers américains établissent, le plus souvent, trois rations complètes : l’une pour les vaches à moins de 100 jours de lactation, l’autre pour celles entre 100 et 200 jours et la dernière distribuée aux vaches à plus de 200 jours de lactation. »

XXLait : « Concrètement, comment intégrer cette notion de rendement marginal des concentrés dans le calcul des rations ? »

PhF : « L’objectif est d’adapter, assez rapidement, la ration à l’évolution du prix du lait et des matières premières. Des modèles, qui ne sont pas forcément difficiles à établir avec les données dont nous disposons actuellement, permettraient de prédire le rendement marginal des derniers kilos d’aliments. Ce qui suppose des calculs de ration plus sophistiqués qu’aujourd’hui qui tiendraient compte du cahier des charges qui lie l’éleveur à sa laiterie en termes d’exigence de régularité de production, de risque de pénalités pour sous-réalisation, des opportunités de produire du lait en quota B,… On aurait ainsi une gestion plus dynamique de l’alimentation pour l’adapter aux évolutions de la conjoncture. Régulièrement, l’éleveur avec son conseiller d’élevage pourraient décider s’il est intéressant économiquement de produire les derniers kilos de lait. »

XXLait : « En modifiant régulièrement la complémentation, n’y a-t-il pas un risque de ne pas remonter la production laitière en cas de besoin ou de perturber la reproduction ou l’état sanitaire du troupeau ? »

PhF : « Les vaches sont plus résilientes qu’on ne le croit. On n’handicape pas leur production future avec des décisions sur le court terme. Il ne faut pas s’imposer des critères techniques qui ne rapportent rien, qui ont un faible impact économique. Par exemple, un Intervalle Vêlage – Vêlage (IVV) long n’est pas forcément un handicap s’il ne traduit pas un problème sanitaire. C’est difficile de calculer le coût d’un jour supplémentaire d’IVV pour les vaches hautes productrices. En effet, la courbe de lactation peut se prolonger avec un bon niveau de production car, c’est surtout la fin de gestation qui va entraîner une baisse de lait. Et produire 30 kg de lait par vache est relativement économique avec des régimes à base de maïs fourrage. A contrario, avec des IVV plus courts, on a plus de périodes de démarrage en lactation (les plus couteuses) et plus de périodes de repos (tarissement). »
Un quart des grands troupeaux laitiers est équipé de robots de traite qui enregistrent beaucoup de données individuelles. Selon Philippe Faverdin, il est souhaitable de mieux les valoriser pour rentabiliser ce genre d’investissement.

Un quart des grands troupeaux laitiers est équipé de robots de traite qui enregistrent beaucoup de données individuelles. Selon Philippe Faverdin, il est souhaitable de mieux les valoriser pour rentabiliser ce genre d’investissement

XXLait : « Vous évoquez souvent que l’avenir, c’est l’élevage de précision. Qu’est-ce que cela signifie et que peut-on en attendre ? »

PhF : « A l’échelle individuelle, les vaches les plus inefficientes sont celles qui mangent beaucoup et qui valorise finalement assez mal la ration. On peut espérer améliorer cette efficience par la voie génétique, ce qui prendra du temps mais concernera beaucoup d’animaux, ou par la voie alimentaire. Pour améliorer l’efficacité économique, la prochaine étape consiste à gérer les vaches, individu par individu, y compris dans les grands troupeaux. C’est l’élevage de précision. Dans ce schéma, les vaches continuent à recevoir la même ration de base. La distribution des concentrés protéiques et énergétiques est individualisée en fonction de leur efficacité de transformation et non de leur niveau de production. Par exemple, dans un troupeau, vous avez des vaches qui sont efficientes en protéines, c’est-à-dire qui transforment bien les protéines ingérées en protéines laitières, et d’autres qui le sont moins. En baissant la distribution de protéines aux vaches qui sont le moins efficientes et en l’augmentant sur les vaches les plus efficientes, on réalise une économie de 48 % de tourteau par kilo de protéine laitière produite. En plus, cela peut permettre de gérer le problème d’émission d’ammoniac qui est peut être un problème important dans les grands élevages laitiers. »

XXLait : « Avez-vous d’autres exemples d’applications ? »

PhF : «« On peut également imaginer des distributions en microquantités d’additifs uniquement lorsque cela est utile. Les élevages sont de mieux en mieux équipés en capteurs pour recueillir de la donnée sur l’état de l’animal. L’idée, c’est de mieux valoriser ces informations collectées pour améliorer la rentabilité des investissements réalisés dans tous ces capteurs. Par exemple, les thermobolus permettent d’anticiper les hausses de température corporelle. Aujourd’hui, on valorise encore peu ce type d’information. On pourrait imaginer des modifications de la ration ciblées sur ces vaches dont on pourrait détecter précocement un trouble de santé. L’ajout d’antioxydants et d’acides aminés spécifiques pourraient améliorer leur immunité pour prévenir les problèmes sanitaires annoncés par cette hausse de température. Cela ne couterait pas trop cher, car ce sont de petites quantités ciblées sur quelques animaux tout en valorisant mieux les informations du monitoring. »

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