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Gérer la volatilité des prix des aliments

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Les éleveurs du Gaec du Bas-ralay en Ille et Vilaine (Bretagne) achètent les aliments de leurs 110 vaches avec des contrats physiques à terme pour avoir une visibilité des coûts alimentaires sur le long terme. Ainsi, jusqu’à fin 2017, le coût alimentaire sera très certainement inférieur à 100 € des 1000 litres.

Pour pérenniser leur élevage en augmentant la productivité du travail et pour gagner en confort et se libérer du temps, Etienne Simon et Benoit Legros, les deux associés du GAEC du Bas-Ralay ont automatisé leur atelier laitier. « Pour financer cette modernisation, nous avons racheté progressivement des droits à produire (dernièrement 100 000 litres) pour atteindre 1.2 millions de litres, ce qu’on considère être une taille critique » explique Etienne Simon, responsable au sein du Gaec de la production laitière.

Une ration à moins de 100€ les 1000 litres

En 2013, un nouveau bâtiment de 1500 m² a été construit pour les vaches et les jeunes veaux. De nombreuses tâches ont été automatisées : la traite avec deux stalles de robot, le nettoyage des logettes avec une balayeuse mécanique automotrice, le raclage des aires d’exercice et un DAL. Les locaux ont été organisés et aménagés pour faciliter le travail. Ainsi, les vaches à traiter ou à isoler sont triées automatiquement à la sortie des robots et dirigés vers une zone du bâtiment équipé d’une cage de contention et d’un box de vêlage – infirmerie paillé. L’ergonomie des postes de travail a également été mûrement réfléchie. Par exemple, une fosse a été creusée sur le côté de la cage de contention pour traiter les mamelles en position debout. Résultat: un système productif et maîtrisé techniquement. Etienne Simon, pour 70% de son temps, et une salariée à temps plein produisent 700 000 litres par UTH hors travail administratif et hors suivi des cultures fourragères. Les deux associés libèrent deux dimanches sur trois et prennent trois semaines de vacances par an. Les vaches produisent 11300 kg de lait à 32.4 g/L de TP et 40.4 g/L de TB (moyennes laiterie en 2015). L’intervalle vêlage – vêlage est de 410 j et le coût alimentaire est de 98€ des 1000 litres.

Visibilité sur les coûts alimentaires 

Ration des latièresLors de l’étude de son projet, Etienne Simon a fréquemment observé des dérives des coûts alimentaires dans les systèmes en robot de traite : « certains élevage peuvent atteindre 120€ des 1000 litres ». Or, avec le niveau d’investissement et la volatilité des prix du lait qui s’annonçait avec la fin des quotas laitiers, il fallait tenir, pour les années à venir, le coût alimentaire en-dessous des 100€ des 1000 litres avec des vaches à plus 11000 kg de lait. L’élevage a donc revu la ration des laitières et sa stratégie d’achat des aliments. Tout d’abord, l’éleveur insiste sur le fait que « sa ration est déséquilibrée à l’auge pour favoriser la distribution du tourteau de soja au robot afin d’éviter la surconsommation de concentrés » (voir photo : la ration des laitières). Ensuite, les tourteaux de soja et de colza sont achetés avec des contrats physiques à terme. pour Etienne Simon, l’objectif de cette stratégie d’achat « ce n’est pas faire des coups financiers, c’est une logique entrepreneuriale de maîtrise des risques, d’avoir de la visibilité sur les coûts alimentaires dans un contexte où le prix des aliments peut varier de 15 à 20% d’une année sur l’autre ». Pour lui, « un bon prix d’achat des tourteaux c’est le prix qui permet de sortir une ration à moins de 100€ de coût alimentaire pour 1000 litres ».Entre juillet 2013 et septembre 2015, cette stratégie d’achat a quasiment toujours permis d’acheter les tourteaux à un prix inférieur ou égal aux autres élevages du département (voir Graphique 1). Mais actuellement, dans un contexte baissier des matières premières depuis août 2015, Etienne Simon constate que les tourteaux livrés sont plus chers que les cours du moment. Ainsi, le colza à livrer en avril 2016 a été acheté 215€ la tonne et le soja à 356€ alors que les cours à la fin février étaient de 186€ pour le colza et de 309€ pour le soja. L’éleveur prend la décision d’acheter en comparant les cours à son prix d’achat des années précédentes pendant lesquelles son coût alimentaire est demeuré en-dessous du seuil des 100€ des 1000 litres. Toutes les semaines, il reçoit par mail, de la part d’un courtier, les cours des tourteaux pour les 18 mois à venir. En fonction de leur évolution (à la hausse ou à la baisse) et de leur niveau par rapport aux années précédentes, il peut prendre la décision d’acheter. Le courtier lui transmet alors un contrat à signer avec les vendeurs. Etienne Simon négocie le transport entre les ports de Montoir (pour le soja) et de Rouen (pour le colza) et son exploitation directement avec un transporteur ce qui lui coûte entre 11€ par tonne pour le soja et 14€ la tonne pour le colza. Les marchandises sont payées par traite 10 jours après la livraison.

GAEC du Bas-Ralay à Saint-Germain en Cogles(35)

  • 3 UTH : 2 associés et 1 salariée.
  •  1.7 UTH pour l’atelier laiti er (producti vité du travail
  • 700 000 litres / UTH
  • 110 VL pour 1.2 millions de litres de lait
  • 11300 kg par vache à 32.4 g/ litre de TP et 40.4 g/litre de TB.
  • Intervalle Vêlage-Vêlage : 410 j
  • Traite au robot
  • Bâtiment en logettes avec matelas et farine de paille.
  • Séparateur de lisier (en commun avec la porcherie)
  • 150 ha de SAU

Une ration constante 

«Pour l’Amyplus (l’aliment complémentaire utilisé dans l’élevage), en ce moment, les prix à terme ne permettent pas de descendre en dessous des prix de référence » explique l’éleveur. C’est un sous-produit de l’éthanol. Or, avec le prix bas du pétrole, il se fabrique moins d’éthanol d’où une diminution des volumes d’Amyplus disponibles. Des usines ont fermé et la plus proche de l’exploitation est située dans la somme d’où des coûts de transport importants. « Avec un peu d’organisation (suivre les cours et affréter un transporteur), cette stratégie d’achat est simple à mettre en oeuvre » conclue l’éleveur. La ration doit être constante d’une année sur l’autre pour connaître à long terme le type et le volume d’aliments à acheter. Il faut souligner que la qualité des fourrages récoltés dans la région varie peu d’une année sur l’autre. La marchandise est livrée bennée par camion de 30 tonnes dans les hangars. Ce qui impose d’être équipé de capacité de stockage et de trémies (et non de silos tours) pour l’approvisionnement des robots. Etienne Simon a profité du contexte baissier des matières premières pour couvrir ses besoins jusqu’à l’automne 2017 avec une livraison contractée pour septembre 2017 à 309 € la tonne pour le soja et à 194 € la tonne pour le colza. Il est donc quasiment assuré de produire un lait à moins de 100 € de coût alimentaire (pour 1000 litres) jusqu’à fin 2017.

Les aliments achetés avec des contrats sont bennés par 30 tonnes dans un hangar. Les robots sont donc approvisionnés par des trémies.

Luc Mangelinck, responsable du Service Etude du CER France Brocéliande :

« AnticiLuc Mangelinckper ses achats d’aliments pour rester actif »

Le plus souvent, les éleveurs laitiers subissent la conjoncture sur les matières premières. Mais certains, ne restent pas passifs ; c’est le cas au GAEC du Bas-Ralay où l’expérience semble porter ses fruits.

Le prix des aliments du bétail connaît des variations importantes, au gré des fluctuations des cours des matières premières (céréales et protéines végétales) sur le marché mondial. Les éleveurs sont donc directement confrontés à ces évolutions et doivent, si possible, les anticiper. En élevage bovin, limiter la dépendance vis-à-vis du prix des aliments rime le plus souvent avec recherche d’autonomie alimentaire. La culture sur l’exploitation de productions énergétiques et / ou riches en protéine, la fabrication à la ferme ou à façon des aliments sont autant de pistes qui peuvent contribuer à limiter l’exposition de la structure aux aléas du marché.

Suivre la conjoncture et anticiper

Dans toutes les situations, l’observation des cours, suivre la conjoncture générale doit dorénavant faire partie du métier d’éleveur. L’achat programmé des besoins en aliment sur une campagne est souvent la règle, soit en direct avec un fabriquant, soit en groupant les achats à plusieurs. L’expérience poursuivie au Gaec du Bas-Ralay mérite d’être soulignée. Anticiper les achats d’aliments 18 mois à l’avance permet de mieux lisser les prix, et sur des volumes importants. En visant une ration alimentaire constante tout au long de l’année, il est plus facile d’arbitrer entre les différents types d’aliments ou sous-produits issus de l’industrie agroalimentaire disponibles (chips, biscuiterie,..). Pour compenser la volatilité, une autre technique, celle de la couverture sur le marché à terme des céréales, reste encore peu utilisée en élevage laitier. Nous avons développés ce sujet dans numéro de Juin 2016 du Mag XXLait.

Une stratégie qui semble porter ses fruits

Sur les deux derniers exercices comptables (période allant d’octobre 2013 à septembre 2015), les prix des tourteaux de soja et de colza achetés par le Gaec du Bas-Ralay sont inférieurs d’environ 20 € la tonne aux prix observés chez l’ensemble des clients CER France en Illeet- Vilaine (Voir Tableau 1 : Prix moyens d’achat des tourteaux de soja et de colza). Le graphique 1 confirme la régularité de la maitrise de ce prix d’achat, en dehors des achats d’appoint sur des volumes limités de tourteau de colza. Le contexte baissier des cours des matières premières depuis août 2015 pourrait désavantager les prix d’achat du Gaec. Mais le coût alimentaire restera inférieur à 100 € pour 1000 litres ce qui est l’objectif recherché. Sur l’exercice 2014 / 2015, cette stratégie d’achat a contribué au bon niveau d’efficacité alimentaire du troupeau. Sur le poste « vaches », le coût alimentaire s’établit à 98 € pour une très bonne productivité de 9 700 litres par vache et par an. A titre de comparaison, la moyenne au CER France sur le département d’Ille-et-Vilaine est de 98 € pour une productivité de 7 300 litres.

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