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Gaec Lait’spérance : associés malgré leurs différences

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Martine Blin et Régis Badié ne se connaissaient pas, ce qui ne les a pas empêchés de s’associer en Gaec en 2014. La démarche OPR (1) développée par le Cerfrance Brocéliande  les a aidés à mieux se connaître, à confronter et partager leurs objectifs et leurs valeurs ainsi qu’à formaliser leur fonctionnement.

« Lorsque j’ai rencontré Régis Badié, mon associé actuel, j’avais à l’esprit de lui céder mon exploitation laitière » se remémore Martine Blin du Gaec Lait’spérance en Ille et Vilaine. Son mari est décédé en 2011. Avec 380 000 litres à produire sur 55 ha, la charge de travail était trop importante pour une femme seule et elle ne ressentait plus l’envie de poursuivre l’activité laitière. A quatre kilomètres de là, Régis Badié, un éleveur laitier plus jeune de 10 ans, avait repris l’élevage de ses parents qui livraient 390 000 litres de lait. Il a rapidement constaté que la charge de travail était difficilement compatible avec sa vie de famille alors que l’environnement immédiat n’offrait pas d’opportunité pour agrandir l’exploitation afin de s’associer ou d’embaucher un salarié.

Le technicien du contrôle laitier a joué les intermédiaires et les a présentés l’un à l’autre. Pendant trois mois, ils se sont rencontrés tous les vendredi après-midi pour échanger sur ce qu’il était possible de faire ensemble. « J’ai tout d’abord proposé à Martine de l’embaucher, puis assez vite, nous avons envisagé de nous associer » se rappelle Régis Badié.

Se rassurer

« Quand on veut s’associer, on fait souvent tout trop vite. Il faut prendre le temps de discuter, d’échanger sur les objectifs, sur ce que l’on aime faire, ce que l’on n’aime pas faire » constate l’éleveur. Le Cerfrance Brocéliande, leur a proposé de les accompagner et de structurer leurs échanges et leurs discussions grâce à la méthode OPR (1) . Martine Blin y a vu un moyen d’être rassurée sur la viabilité de l’association : « je voulais être confortée dans ma perception que l’on était complémentaire, que l’on pourrait travailler ensemble ». Son associé a accepté de participer à la démarche car « elle correspondait parfaitement à (leur) état d’esprit ».

Jean-Yves Gaigneux, conseiller d’entreprise au Cerfrance Brocéliande a animé les rencontres et les discussions entre les futurs associés. Dans une première étape, les associés doivent répondre, chacun de leur côté et spontanément, à quarante-huit questions sur ce qui les caractérise le plus et, inversement, le moins. « Cette première étape permet de bien se connaître et donc de s’accepter et d’accepter les critiques. Concrètement, chaque associé prend connaissance d’un certain nombre de points auxquels il doit faire attention dans ses relations avec les autres. En parallèle, les autres associés bénéficient de conseils concrets pour faciliter la relation avec lui » explique le conseiller. Les associés n’ont pas été surpris par les profils de motivation que dessine cette analyse. « Les résultats m’ont convaincu qu’une femme me serait plus complémentaire qu’un homme. D’une part, dans les domaines techniques, j’aime être indépendant, je n’apprécie pas trop les critiques. Avec d’autres hommes, je pouvais craindre des discussions techniques sans fin. D’autre part, il me fallait m’associer avec quelqu’un qui aime les tâches administratives » commente Régis Badié.

Un questionnaire de 48 questions permet aux associés de mieux se connaître afin d'optimiser leur relation et leur mode de fonctionnement.

Six règles de vie ensemble

Ensuite, les associés définissent les règles qui leur semblent importantes pour faire vivre et durer leur association. Au Gaec de Lait’spérance, « être rigoureux dans les horaires de travail » a été la règle la plus discutée entre les deux associés. Pour Régis Badié, la journée de travail ne doit pas déborder sur le temps consacré à la famille. Pour cela, il est nécessaire de 1/ respecter des horaires de travail pour « finir le travail autour des vaches à 10 heures et terminer la journée à 19 heures » et 2/ séparer strictement la vie familiale de la vie professionnelle. « Je ne veux pas que mes amis ou même ma femme viennent me déranger sur mon lieu de travail sinon, les journées n’en finissent plus. Je sais leur dire qu’ils me dérangent » insiste l’éleveur. « Une autre règle importante pour nous, c’est de consacrer, au quotidien, du temps à l’échange, de se dire les choses. Le temps du café est le moment privilégié  pendant lequel nous organisons le travail de la journée, faisons le point sur l’agenda et sur la gestion des stagiaires » complète son associée.

La troisième et dernière étape permet de définir l’organisation du travail et de la formaliser précisément sous la forme d’un règlement intérieur. Tous les travaux de l’exploitation ont été inventoriés et affectés aux deux associés et aux stagiaires. « Pour nous, la gestion administrative est un travail de même importance que les autres. Donc, quand il faut remplir la déclaration de TVA ou mettre à jour d’autres dossiers administratifs, Martine ne vient pas travailler au milieu des vaches » explique Régis Badié pour illustrer leur mode de fonctionnement. L’organisation des week-ends et des vacances a également été discutée lors de cette étape dans le but de satisfaire les souhaits de chacun. « Nous sommes attachés à ce que chacun d’entre nous participe à toutes les fêtes de famille. Les week-ends sont donc libérés en fonction des besoins et sont comptabilisés pour équilibrer les temps libres » décrit Martine Blin. La durée des vacances est limitée à dix jours consécutifs, sinon « c’est trop dur physiquement pour Martine quand elle se retrouve seule sur l’exploitation » justifie son associé.

« Certes, il faut dégager du temps pour suivre la démarche OPR mais elle nous a réellement rassurés dans notre projet » apprécie Martine Blin. « Elle facilite les échanges et à partir du moment où nous nous parlons, je pense que nous sommes capables de travailler ensemble »  conclue Régis Badié.

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