Home Fourrage Ensilage de luzerne : plus de 0,9 UFL / kg MS, c’est possible !
Ensilage de luzerne : plus de 0,9 UFL / kg MS, c’est possible ! 5

Ensilage de luzerne : plus de 0,9 UFL / kg MS, c’est possible !

0
1

Au Gaec Boucher dans le Sarthe, les deux premières coupes d’ensilage de luzerne dépassent 0,9 UFL / kg MS. Jean-Luc Boucher, l’un des trois associés, nous explique comment il parvient à ce résultat.

Jean-Luc Boucher est l’associé en charge de la production fourragère au Gaec Boucher

Jean-Luc, Alexandre et Valentin Boucher, les trois associés du Gaec Boucher dans la Sarthe cultivent 15 ha de luzerne pour en distribuer autour de 4 kg MS à leurs 120 laitières produisant plus de 9040 kg bruts de lait par vache. « Avec une luzerne récoltée de façon traditionnelle, on obtient une valeur énergétique de l’ordre de 0,80 UFL / kg MS. Ce qui, même avec 5 kg MS d’ensilage de maïs épis, limite la densité énergétique de notre ration complète à  0,92 UFL / kg MS » analyse Jean-Luc Boucher.  Les éleveurs ont donc cherché à améliorer la valeur nutritionnelle de leur ensilage de luzerne en suivant une formation animée par Gilles Crocq, expert cultures et fourrages au CLASEL (1). Résultats : en 2015 et 2016, les deux premières coupes d’ensilage ont dépassé 0,90 UFL / kg MS. L’analyse de la 1ère coupe d’ensilage de 2016 affiche même 1,02 UFL / kg MS ! (Voir tableau ci-dessous).

Tableau 1 : Valeurs alimentaires des ensilages de luzerne au Gaec Boucher, analyses en vert

 

Année et n° de coupe

Matière sèche (% du brut)

MAT (en g / kg MS)

UFL (/ kg MS)

2015, 1ère coupe (début mai)26,1230,0

0,93

2015, 2ème coupe (début juin)

37,9

200,8

0,90

2016, 1ère coupe (1er mai)42,1214,4

1,02

La valeur est dans les feuilles

La valeur énergétique et protéique de la luzerne est localisée dans les feuilles et très peu dans les tiges qui assurent le rendement. « Au stade début de bourgeonnement, les feuilles concentrent 0,95 à 1 UFL et 28 % de MAT tandis que les tiges ne valent que 0,72 UFL et 14 % de MAT » explique Gilles Crocq. Les objectifs d’un ensilage réussi seront donc d’obtenir un rapport feuilles sur tiges élevé, de réduire les pertes lors des interventions de récolte et au silo.  Pour atteindre ce résultat, Jean-Luc Boucher met en avant quatre règles à respecter lors du chantier de récolte : 1/ faire des fauches précoces, 2/ privilégier une fauche à 8 / 10 cm, 3/ faner rapidement après la fauche à vitesse lente et 4/ intervenir de préférence le matin pour réduire les pertes de feuilles.

Une fauche précoce

Le stade de récolte qui permet d’atteindre une bonne valeur alimentaire compatible avec un bon rendement est le début du bourgeonnement, « quand, dans 4 tiges sur 20, l’éleveur sent le bourgeon » précise Gilles Crocq, le technicien Fourrages du Clasel. « Par expérience, c’est un peu compliqué à mettre en œuvre dans les élevages. C’est pourquoi, je simplifie le conseil en considérant qu’avec un redémarrage de la végétation au 1er avril, la première récolte est à faire début mai » nuance le technicien. En ensilage, les autres récoltes suivront toutes les 5 à 6 semaines pour avoir un rendement maximal en UFL et MAT par ha. « Mes 15 ha de luzerne sont récoltés 4 à 5 fois dans l’année, soit une coupe de plus que ce que je peux observer avec des pratiques plus traditionnelles » observe Jean-Luc Boucher. Avec ce rythme de récolte, le rendement en tonne de matière sèche par ha est comparable à celui obtenu avec des pratiques de fauche plus traditionnelles car la première récolte avancée favorise les repousses. Cependant,  il faut compter le coût supplémentaire d’une récolte que l’on peut estimer à 150 € / ha.

La luzerne est fauchée à 8 / 10 cm. « Les essais montrent que l’on gagne ainsi 0,7 point de MAT en ne sacrifiant que 250 à 300 kg MS / ha par rapport à une hauteur de coupe à 5 cm » approuve Gilles Crocq. Cette pratique favorise, également, la conservation en limitant la terre introduite dans le silo.

Le stade début de bourgeonnement optimise le rendement et la valeur alimentaire. Source, Arvalis-Institut du Végétal

A la fauche, viser l’exposition maximale au soleil

Après la fauche, l’objectif est de minimiser les pertes quantitatives et qualitatives liées, d’une part, à la poursuite de la respiration des plantes après la fauche et, d’autre part, à la perte de feuilles. Il faut donc favoriser un séchage rapide des plantes par une exposition maximale au soleil. En pratique, Jean-Luc Boucher fauche tôt le matin, dès 5 heures, et fane dans la foulée. Faner le matin est préférable pour limiter les pertes de feuilles. Les essais conduits par Arvalis-Institut du Végétal  dans le cadre du programme Luzil 2013 montrent qu’un fanage réalisé le matin permet de gagner 0,5 point de MAT par rapport à une intervention en après-midi. Jean-Luc Boucher insiste également sur le fait qu’il faut faner à vitesse lente, ce que confirment les résultats des essais Arvalis. Une vitesse entrainement de la prise de force à 350 tr / min permet de gagner 0,8 point de MAT comparée à une vitesse de 540 tr / min.

Les éleveurs andainent le deuxième jour. Là encore, il est recommandé d’intervenir le matin quand les feuilles ré-humidifiées par la rosée sont moins craquantes. « Habituellement, nous démarrons l’andainage vers 7 heures du matin pour terminer vers midi. Mais, quand il fait chaud, nous commençons vers 5 heures du matin pour finir plus tôt. Visuellement, je constate que les andains réalisés en début de matinée ont plus de feuilles que ceux réalisés en fin de matinée » décrit Jean-Luc Boucher. Au troisième jour, la luzerne est ensilée à l’autochargeuse en incorporant du conservateur. Par très beau temps, l’ensilage est réalisé dans la foulée de l’andainage. L’objectif est d’ensiler à 35 / 40 % de matière sèche pour faciliter la conservation.

Luzerne

Commentaire(1)

Laisser un commentaire