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Earl Delger : 100 000 € d’ensilage de maïs à préserver

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Au moment des ensilages de maïs, Eild Delger met tout en œuvre pour que leur qualité nutritionnelle et de conservation ne soit pas un facteur limitant le haut niveau de production de ses 130 laitières.

« L’alimentation des laitières, ce n’est pas seulement la réalisation de la ration. C’est un tout qui commence par l’élevage des génisses, intègre une bonne préparation des vaches au tarissement, la qualité des fourrages. Dès qu’il y a un point faible, c’est l’ensemble de cette chaîne qui s’affaiblit » commence Eild Delger pour expliquer pourquoi il investit du temps et de l’argent dans la conservation de ses fourrages.

Avec sa femme Anna et secondé par deux salariés agricoles, il élève 130 laitières et 320 taurillons (en deux bandes) sur 198 ha de terre à Dompierre sur Yon en Vendée. La productivité des vaches est poussée à plus de 36 litres de lait quotidiens par vache, tout en maintenant un intervalle vêlage –vêlage (IVV) de 390 jours. Pour nourrir son troupeau laitier et ses taurillons, il cultive 55 ha de maïs irrigués ainsi que 13 ha de sorgho BMR sur les terres non irriguées. Ce qui représente un investissement de près de 100 000 € stockés dans les silos. Pour le valoriser, il s’assure de récolter et de conserver un maïs de qualité

8 à 20 % de pertes invisibles

Tout commence par la date d’ensilage. « Nous essayons d’ensiler entre 30 % et 32 % de matière sèche pour bénéficier de la digestibilité des fibres plus élevée à ce stade » explique l’éleveur. Au mois d’août, il prélève des pieds de maïs qu’il apporte à sa coopérative, la CAVAC (1), pour mesurer la matière sèche et prévoir la date de récolte. Au moment de l’ensilage, l’éleveur officie au tassage du silo et surveille au moins 4 à 5 fois la qualité du hachage et l’éclatage du grain. La longueur de coup est fixée à 16 mm. Ce choix permet de mélanger suffisamment la ration (avec une mélangeuse à deux vis verticales) pour que les vaches ne puissent pas la trier tout en conservant une taille suffisante de particules à l’auge pour les faire ruminer. « Pour moi, le réglage de l’éclateur est crucial » insiste l’éleveur. « Je demande au chauffeur de la CUMA de le serrer à 2 mm. Je préfère qu’il aille plus doucement quitte à payer quelques heures de chantier supplémentaires. »

La longueur de coupe de l’ensilage de maïs est de 16 mm, ce qui permet de mélanger suffisamment la ration pour que les vaches ne puissent pas la trier (comme en témoignent les « nids de poule » creusés dans la ration) tout en conservant une taille suffisante de particules à l’auge pour les faire ruminer.

La conservation par l’ensilage consiste à favoriser la croissance rapide de la population de bactéries lactiques qui transforment les sucres solubles en acide lactique pour descendre le pH en-dessous de 4 et, ainsi, bloquer les fermentations indésirables. Ces dernières peuvent engendrer 8 à 20 % de pertes de la matière sèche, ce que l’on appelle les pertes invisibles. Les bactéries lactiques se développant en l’absence d’air, il faut la chasser par un bon tassage. La CUMA d’ensilage a fait le choix d’une ensileuse de six rangs. Avec cette machine, « le débit de chantier laisse le temps de bien tasser les silos avec deux tracteurs de 170 cv » affirme Eild Delger.

Depuis 3 ans, il utilise le conservateur d’ensilage Silo King ® de la société Jouffray-Drillaud. « J’ai choisi cette marque de conservateur car, par rapport aux autres, il est plus complet » justifie l’éleveur. En effet, le conservateur Silo King contient des ferments lactiques, des enzymes amilolytiques et cellulolytiques ainsi qu’un produit de neutralisation du chlore. En effet, l’eau utilisée dans les élevages pour diluer le conservateur contient le plus souvent du chlore qui est bactéricide et va limiter les capacités de reproduction des ferments lactiques. « Le conservateur va limiter les pertes invisibles liées aux fermentations indésirables et préserver la qualité des protéines » précise Fabien Jamet, ingénieur commercial chez Jouffray-Drillaud. Il poursuit :« un conservateur ne sera pleinement efficace que dans des silos bien tassés ».  Pour éviter d’introduire de l’air à la reprise, les éleveurs reprennent l’ensilage avec un godet à couteau fixe moins cher à l’achat qu’un désile-cube.

Silos bien tassés et conservateurs

« Un conservateur est d’abord et avant tout fait pour limiter les pertes de matière et pour préserver la valeur alimentaire des ensilages. L’ajout d’enzymes est un plus intéressant, en particulier, avec des vaches hautes productrices comme dans l’élevage Delger » commente Cyril Sourisseau, nutritionniste à la CAVAC (1). Pour le technicien, « les prédigestions enzymatiques de la cellulose et de l’amidon dans les silos rendent la ration plus immédiatement disponible pour les micro-organismes du rumen. C’est mieux d’incorporer ces enzymes dans l’ensilage plutôt que dans la ration car elles ont le temps de travailler. » Selon Fabien Jamet de Jouffray-Drillaud, un essai réalisé par l’Association Régionale pour l’Expérimentation Bovins (ARPEB Sud-Ouest) avec l’appui technique et scientifique de l’Institut de l’Elevage a démontré que les enzymes améliorent la dégradabilité des fibres du maïs (le NDF) de + 1,28 points ce qui permet d’augmenter la production laitière de 2% avec des vaches à 28 litres par jour.

Avec une température extérieure de 25 °C, la température de 23 °C mesurée au cœur du silo de maïs et de 28 °C témoigne que le silo ne chauffe pas.

Le conservateur coute autour de 5 % de la valeur d’un ensilage de maïs, soit environ 100 € par ha de maïs(avec un rendement moyen de 16 tonnes de matière sèche). Le retour sur investissement est réalisé lorsque permet les pertes de matière, la qualité des protéines et la dégradabilité ruminale de l’ensilage sont améliorées d’autant. « Dans l’essai de l’ARPEB Sud-Ouest (ndlr : voir ci-dessus), les améliorations apportées par le conservateur ont été chiffrées à 380 € / ha » tient à préciser Fabien Jamet. Pour Eild Delger, « dans notre exploitation, le retour sur investissement est difficile à mesurer précisément car il faudrait faire un bilan  entrées  / sorties en pesant l’ensemble des bennes qui entrent dans les silos. » « De ce fait, nous apprécions la rentabilité de cet investissement grâce à un ensemble d’observations visuelles qui montrent que nos ensilages de maïs sont bien conservés : nos fronts d’attaque sont très propres sans tâches de brunissement, ni moisissures » poursuit l’éleveur. Avec une température extérieure de 25 °C, les températures mesurées au front d’attaque de 23 °C au cœur du silo et de 28 °C en bordure témoignent que le silo ne chauffe pas.  En 2016 et 2017, les analyses chimiques des silos valident également la bonne conservation. Les bactéries lactiques ont produit suffisamment d’acide lactique pour descendre les pH en-dessous de 4. Les fermentations indésirables ont été contrôlées comme en témoigne la faible part d’azote ammoniacal ainsi que la production négligeable d’acide butyrique. « Pour moi, le résultat le plus important est que les vaches produisent entre 36 et 38 kg de lait tous les jours avec une ration efficace (voir la description de la ration) et de bons résultats de santé et de reproduction. Réaliser un ensilage de maïs de qualité est l’un des maillons de la chaine qui conduit à ce résultat » conclue Eild Delger.

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