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Diversifier les variétés d’une même espèce pour plus de longévité des mélanges 5

Diversifier les variétés d’une même espèce pour plus de longévité des mélanges

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Choisir des variétés complémentaires et adaptées au mélange pour une même espèce augmente la stabilité dans le temps et la résistance aux stress des mélanges fourragers. C’est l’une des conclusions du programme PRAISE(2) conduit depuis 2011 par l’INRA, le CNRS et le semencier Jouffray-Drillaud. Explications de Vincent Béguier, qui a conduit ce programme pour Jouffray-Drillaud.

XXLait: Comment limiter la chaleur estivale dans le bâtiment des laitières ?

Vincent Béguier : Plus de la moitié des éleveurs laitiers cultivent des mélanges fourragers multi-espèces de longue durée, c’est-à-dire avec au moins trois espèces différentes de graminées et / ou de légumineuses. Ces éleveurs reconnaissent que les légumineuses contenues dans ces mélanges améliorent la valeur alimentaire, et que la productivité augmente grâce à la complémentarité des espèces face aux stress hydriques. Dans les grands élevages laitiers, les prairies multi-espèces sont souvent exploitées en fauche pour distribuer une ration diversifiée et équilibrée qui limite les achats de tourteaux. Or, pour les trois-quarts des éleveurs qui exploitent ces mélanges fourragers multi-espèces, l’équilibre entre toutes les espèces semées est difficile à conserver dans le temps(1).

XXLait: Quelles solutions peut apporter le sélectionneur ?

Au bout de quatre années d’exploitation, les micro-parcelles fertilisées à 50 unités d’azote en sortie d’hiver sont les plus sales car les légumineuses n’ont pas tenu.

VB : Aujourd’hui, toutes les fourragères sont sélectionnées en pure alors que la pratique agricole est de les mélanger au semis. Or, il n’y a aucune base scientifique pour affirmer qu’en associant les meilleures variétés sélectionnées en pure, on obtient le mélange le plus performant en terme de productivité et de pérennité. La compétition au sein du mélange peut aboutir à la disparition d’espèces dans le temps.  C’est pourquoi, en 2011, un programme de recherche dénommé PRAISE (2) et réunissant l’INRA de Lusignan, le CNRS et Jouffray-Drillaud a été lancé pour étudier l’impact des variétés sur la productivité et la stabilité de la composition des mélanges dans le temps. Des micro-parcelles d’un mélange composé des mêmes sept espèces dans des proportions identiques ont été semées sur la station de Jouffray-Drillaud de Saint-Sauvant (Vienne). Dans ce mélange, les graminées ray-grass, dactyle et fétuque sont associées aux légumineuses luzerne, trèfle violet, trèfle blanc et lotier. Ce qui diffère d’une micro-parcelle à l’autre, ce sont les variétés utilisées pour chacune des espèces. Ainsi, trois mélanges contenaient de trois à six variétés par espèce et le mélange le plus complexe totalisait trente-six variétés. Pour reproduire au plus près les différentes conduites fourragères des éleveurs, ces micro-parcelles ont été exploitées avec quatre niveaux d’intensification en fonction du nombre de fauches et des apports d’azote.

XXLait: Et quelles conclusions avez-vous tiré de ces essais ?

VB : A l’issue de quatre années d’exploitation, deux conclusions importantes ont pu être tirées à propos de l’influence des variétés sur les performances des mélanges fourragers. Premièrement, des travaux similaires conduits en conditions contrôlées par l’INRA ont démontré qu’en conditions de stress hydrique, les mélanges avec une grande diversité de variétés par espèce se comportent mieux. Ainsi, les différences de rendement mesurées entre des parcelles soumises à un stress hydrique et celles irriguées diminuent lorsque la diversité variétale augmente. Cette différence est même insignifiante pour les mélanges complexes avec dix variétés par espèce ! Deuxièmement, dans nos essais au champ, le résultat le plus intéressant est que plus la diversité entre les variétés choisies est large, plus la composition du mélange sera stable dans le temps en terme d’espèces conservées et de proportions entre elles.

XXLait: Par conséquent, comment s’assurer qu’un mélange multi-espèces aura une bonne pérennité ?

VB : D’abord, il faut bien choisir les espèces et la proportion entre elles, en tenant compte notamment des différences de poids des milles grains (PMG). Ensuite, pour une même espèce, plus la diversité variétale sera importante en termes de dynamique de croissance et de repousse ainsi que de port, plus la stabilité du mélange dans le temps sera importante. Après, au cours de l’exploitation de la prairie, il faut limiter la fertilisation azotée pour maintenir une bonne proportion de légumineuses dans les mélanges. Sur notre station de sélection de Saint-Sauvant, au bout de quatre années, on observe que les micro-parcelles fertilisées à 50 unités en sortie d’hiver sont les plus sales car les légumineuses n’ont pas tenu. Mieux vaut investir dans la fertilisation en calcium, potassium et phosphore que dans l’azote avec des prairies riches en légumineuses. Dans nos essais, nous récoltons 15 tonnes de matière sèche par an sans azote et sans désherbage.

XXLait: La priorité reste tout de même le choix des espèces. Quel est votre conseil ?

Il n’y a pas mieux que le ray-grass anglais en terme de valeur alimentaire. Mais, il a un gros inconvénient : il ne pousse plus au-delà de 25°C, d’où un manque de productivité estivale dans beaucoup de régions. Dans les mélanges multi-espèces, il faut donc l’associer à la fétuque élevée et au dactyle, qui apportent de la productivité en période estivale et de la longévité aux mélanges. Ces espèces s’adaptent à de nombreuses situations pédo-climatiques. En plus, on le sait peu, mais le dactyle est la graminée la plus riche en protéines dont la teneur peut atteindre 19% de MAT au stade feuillue. Et grâce à vingt ans de travail de sélection, le dactyle a gagné trente jours de souplesse d’exploitation et a beaucoup amélioré sa valeur alimentaire. Il en va de même pour la fétuque élevée qui est sélectionnée sur sa digestibilité et la souplesse des feuilles. Concernant les légumineuses, les mélanges de fauche les plus productifs ont toujours été ceux contenant de la luzerne. Hormis dans les sols très hydromorphes ou acides, la luzerne peut s’adapter partout et résiste bien au stress hydrique. Pour les prairies de fauche de longue durée, Jouffray-Drillaud propose dans son catalogue les mélanges M-Performance® et M-Fauche®. Ces deux mélanges sont composés d’une grande diversité d’espèces de graminées (3 espèces) et de légumineuses (2 à 4 espèces). Depuis cette année, deux variétés complémentaires de luzerne et de trèfle violet composent les mélanges. Nous avons intégré à notre gamme les découvertes récentes des bénéfices de la diversité variétale sur la stabilité des mélanges dans le temps.

Le choix des variétés a une influence sur la stabilité de la composition du mélange dans le temps. La micro-parcelle de droite est visiblement plus riche en légumineuses que celle de gauche alors que les compositions au semi étaient identiques

(1) Enquête Agrinova / Jouffray-Drillaud auprès de 455 éleveurs de bovins, Septembre 2014.

(2) PRAISE : Prairies Semées face aux aléas climatiques.

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