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Deux grands élevages dans la prairie

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Le pâturage, quand il est possible six mois l’année, permet de contenir le coût alimentaire moyen annuel dans une fourchette de 80 à 90 € / 1000 litres y compris avec des cheptels de 150 vaches. Il n’est pas forcément lié à une productivité limitée ou à de fortes variations de lait dans le tank comme le prouve Thierry le Roux du Morbihan. Certes, il faut disposer d’une surface accessible suffisante. Mais, Pierre Auffret, un autre éleveur breton, a compensé une surface trop juste avec le pâturage estival de colza fourrager. 

LE GAEC DE BONIZAC

Un pâturage tournant dynamique pour des vaches productives

Il y a encore deux ans, quand Thierry le Roux, éleveur laitier à Guiscriff (56), comparait ses résultats technico-économiques à ceux des autres adhérents de son groupe Atout lait , il constatait qu’il était possible d’économiser au moins 20 € pour 1000 litres sur son coût alimentaire moyen annuel. Aujourd’hui, cet objectif est atteint puisque le coût alimentaire calculé par BCEL Ouest pour cette dernière campagne est de 81 € / 1000 litres. L’amélioration des résultats de reproduction (l’intervalle vêlage / vêlage dans l’élevage est de 381 jours) a permis d’abaisser le mois moyen de lactation et, donc, de gagner en efficacité alimentaire. Mais pour l’éleveur, une grande part de ce progrès est due à des changements importants de conduite du pâturage. L’exploitation a deux atouts indéniables pour valoriser l’herbe par le pâturage : 60 ha de parcelles disponibles d’un bloc au-tour des bâtiments d’élevage et un climat favorable à la pousse de l’herbe au moins six mois de l’année, d’avril à octobre. Un pâturage productif, car Thierry le Roux avertie : « le lait par vache reste un critère important pour ne pas se laisser dé-border par le travail ». En effet, ils ne sont que 2,5 UMO, avec sa femme Sophie et une salariée pour conduire le troupeau de 100 laitières et produire un peu plus de 900 000 de litres de lait.

18 ares d’herbe et 5kg MS de maïs

Pour Pierre Stephan, consultant nutrition à BCEL Ouest qui conseille l’éleveur sur la gestion de son pâturage, « la première condition d’un pâturage réussi, c’est de bien calculer la surface à semer pour ne pas se laisser déborder par la pousse de l’herbe au printemps. » Pour cela, le consultant tient compte du niveau de production (plus de 9000 kg pour le Gaec de Bonizac) et du besoin de Thierry le Roux de linéariser sa production laitière pour « chaque mois, sortir le lait nécessaire pour rembourser les emprunts, payer les salaires et les charges. » Ces données permettent d’évaluer la quantité de maïs à distribuer à l’auge à 5 kg MS par vache. « Avec un troupeau à 11 000 kg de lait, il faut distribuer plus de maïs, car on ne fait pas une telle quantité de lait avec 25 ares d’herbe par vache », nuance le consultant. Pour compléter la ration avec 11 à 12 kg MS d’herbe (équivalents à 60 kg bruts), 18 à 20 ares par vache suffisent au printemps puis, avec l’ouverture de parcelles supplémentaires au début de l’été, la surface disponible passe à 25 ares en juillet. Ces surfaces ont été semées avec un mélange de ray-grass anglais et de trèfle blanc.

Tous les mois, la hauteur d’herbe est mesurée et reportée sur le plan afin de décider du devenir du paddock dans le prochain cycle de pâturage.

Un fil avant

L’éleveur a opté pour un pâturage tournant dynamique avec une surface disponible limitée par un fil avant déplacé quotidiennement. Les vaches restent deux à trois jours dans chacun des paddocks. Pour Pierre Stephan, l’un des intérêts de cette conduite dynamique réside dans l’optimisation du temps laissé à l’herbe pour repousser entre deux pâturages. « La vitesse de pousse de l’herbe est exponentielle. Pour faire de la feuille, il faut allonger le temps de repousse et donc diminuer le temps de séjour des animaux dans la parcelle. L’idéal, serait d’avoir également un fil arrière, mais c’est compliqué à gérer. Des paddocks de deux à trois jours de pâturage avec un fil avant est, alors, un bon compromis », argumente Pierre Stephan. Les entrées et les sorties des paddocks se décident grâce à l’observation des hauteurs de l’herbe comme l’explique Thierry le Roux : « mes repères sont la hauteur des chevilles (autour 8 cm) pour l’entrée dans une nouvelle parcelle et l’épaisseur du talon pour la sortie. Lorsque je sors à la bonne hauteur, je sais que le cycle d’après sera réussi ».

Se projeter à 3 semaines

L’éleveur insiste sur la nécessité de suivre rigoureusement la pousse de l’herbe sous peine de se faire rapidement déborder : « à l’entrée, si j’ai une ou deux journées de retard, je vois plus de refus. Mais, je ne broie presque jamais. » Pendant la saison, Thierry le Roux échange mensuellement avec Pierre Stephan, son conseiller. « Nous faisons le tour des pâtures, en mesurant la hauteur d’herbe, pour se projeter à trois semaines en reportant sur le plan, les paddocks que l’on maintient dans le cycle de pâturage et ceux que l’on écarte pour faire pâturer les génisses. » L’hiver, quelques génisses et boeufs entretiennent les paddocks. « Il faut bien raser la repousse hivernale avant le démarrage de la pousse de printemps, car c’est impossible de gérer ces deux pousses au printemps » justifie Pierre Stéphan. Autres facteurs de réussite du pâturage bien maitrisés dans l’élevage :

  1. L’accès à l’eau avec deux abreuvoirs de 750 litres dans chacune des parcelles
  2. Une allée enherbée de 15 mètres de large qui distribue les parcelles de part et d’autre.

GAEC de Bozinac à Guiscriff (56).

  • 98 vaches laitières en moyenne pour produire 915 000 litres.
  • 9021 kg par vache à 31,7 g / kg de TP et à 40,3 g / kg de TB.
  • Intervalle vêlage / vêlage (IVV) : 381 jours.
  • Vêlages étalés sur l’année (8 à 10 vêlages par mois) avec une pointe sur les mois de septembre à novembre.
  • 2,5 UTH : le couple d’exploitants plus 1 salariée.
  • Exploitation spécialisée en lait.

LE GAEC AUFFRET

Des prairies renouvelées derrière un colza pâturé l’été

Pascal Auffret et son fils Pierre sont progressivement passés de 10 400 à 8000 kg de lait par vache en cinq ans, malgré une augmentation, en parallèle, du litrage produit de 300 000 litres. Aujourd’hui, le Gaec Auffret livre 990 000 litres avec un troupeau de 140 laitières. « Ce choix a été décidé pour améliorer la marge sur coût alimentaire et pour accroître la longévité des vaches », justifient les deux associés. Pendant la même période, le coût alimentaire a effectivement diminué de 120 à 89 € pour 1000 litres.

Manquant de surfaces accessibles aux vaches, Pierre Auffret renouvelle ses prairies derrière un colza de courte durée pâturé l’été.

Surface accessible limitée

Pour atteindre ce résultat, les éleveurs ont misé sur le pâturage et ont mis en oeuvre un pâturage tournant dynamique d’une durée de deux jours par paddock. Cependant, la surface accessible aux vaches n’est que de 20 ha. Ce qui ne laisse aucune souplesse pour renouveler les prairies dans une rotation des cultures. « Comme il est fortement déconseillé de semer une prairie directement derrière une autre prairie à cause des nuisibles, nous avons remis au goût du jour le colza fourrager. Sauf que nous le faisons pâturer l’été et non l’hiver », explique Pascal Auffret. Ainsi, les éleveurs sèment un colza fourrager de courte durée (de 45 à 60 jours de production) entre deux prairies. Chaque année, ils rénovent quatre à cinq hectares. Après destruction au glyphosate, la moitié de cette surface est semée en colza fourrager début mai pour être pâturée à la mi-juillet. L’autre moitié ensemencée tout début juin, est exploitée à la mi-août. Derrière, une nouvelle prairie de ray-grass anglais et de trèfle blanc est semée à la mi-septembre.

« Cette pratique permet de renouveler des prairies dans les exploitations où la surface accessible aux vaches est limitante tout en continuant à pâturer puisque les colza fourragers sont productifs pendant la période estivale », explique Johann Cariou, responsable technique nutrition de BCEL Ouest. « L’inconvénient, c’est qu’il faut absolument faire un désherbage précoce, à l’automne, de la nouvelle prairie », poursuit le technicien.

3 à 4 kg MS / vache

Un hectare renouvelé produit autour de 8 tonnes MS d’un fourrage peu coûteux : 3 tonnes MS avant la destruction de l’ancienne prairie, puis 4 tonnes MS de colza fourrager et enfin 1 tonne MS liée à l’exploitation de la nouvelle prairie, en fin de saison. Le coût du colza fourrager est évalué entre 15 et 20 € par tonne MS c’est-à-dire le coût du semis. Le colza fourrager est laxatif ; par conséquent, son ingestion quotidienne est limitée à 4 kg MS par vache. La surface à pâturer par vache est contrainte à 10 m² grâce à un fil avant. Les vaches entrent dans la parcelle de colza quand il arrive à la hauteur du genou (40 cm environ) et n’y pâturent que le jour. La nuit, elles sont déplacées sur une pâture de graminées. « Avec 5 ha, je fais pâturer une centaine de vaches pendant 50 jours », relate Pascal Auffret. En complément, les vaches reçoivent à l’auge du maïs ensilage et de l’enrubannage. « Grâce à sa richesse en PDI, le colza permet d’économiser environ 1 kg de correcteur azoté par vache comparé à un pâturage de graminées », calcule le technicien de BCEL Ouest (voir la ration en tableau 2).

La valeur alimentaire du colza fourrager

  • 120 à 130 g de PDIN
  • 95 à 100 g de PDIE
  • Entre 0,9 et 0,95 UFL

La ration pendant le pâturage de colza fourrager (en kg MS)

  • 7 à 8 kg MS de maïs ensilage.
  • 3 kg MS d’herbe enrubannée.
  • Moins de 1 kg de correcteur azoté.
  • Pâturage jour : 3 à 4 kg de colza fourrager (10 m2 / VL / j).
  • Pâturage nuit : 3 à 4 kg de RG et TB (quantités estimées).

GAEC Auffret, Pleyben (29)

  • 139 vaches laitières pour 990 000 litres de lait à produire.
  • 7300 litres / VL (moyenne économique) à 32,8 g / l de TP et 37,3 g / l de TB.
  • IVV : 409 jours (Pas d’IA avant 85 jours).
  • Longévité des vaches : 3,7 lactations par vache.
  • 2 UTH, Pierre et Pascal Auffret.
  • Spécialisation laitière.

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