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Le coût de distribution bien souvent sous-estimé

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Pour calculer le coût de distribution, il ne faut pas s’en tenir à l’investissement de départ. Quand tous les coûts d’usage sont comptabilisés, la CUMA est, bien souvent, la solution la plus économique tandis que l’automatisation est compétitive sous certaines conditions. Ces deux moyens ont l’avantage de libérer au moins 500 heures de travail dans les grandes structures en quête de productivité.

La distribution des rations est rarement estimée à son juste coût par les éleveurs. Johann Ca­rioux, responsable technique nutri­tion de BCEL Ouest , le vérifie tous les jours. Au sein de sa structure, il a collaboré à la mise au point d’un si­mulateur de coût de distribution pour accompagner la prise de décision des éleveurs sur leur choix de matériel. « Il ne faut pas regarder que le coût d’investissement. Par exemple, pour une automotrice achetée 150 000 €, le budget annuel d’utilisation est de 42 000 €, soit 28 € /1000 litres pour 1,5 millions de litres livrés. Ce coût d’usage intègre l’amortissement du ­matériel, la consommation de gasoil, les coûts de maintenance et la valorisation du temps de travail qui représente 5 € / 1000 litres » calcule le technicien. Le temps passé à distribuer les rations est bien souvent oublié dans l’esti­mation du coût, alors qu’un éleveur y consacre, en moyenne, 30 % de son temps. « De même, sous prétexte que le tracteur qui tire la mélangeuse af­fiche de nombreuses heures de travail, le coût de traction, c’est-à-dire l’amor­tissement, la consommation de gasoil et les frais d’entretien des engins qui tractent et chargent la mélangeuse, est bien souvent sous-estimé » constate Johann Carioux. En comptabilisant l’ensemble de ces frais, l’usage d’une remorque mélangeuse impacte le coût alimentaire de 20 à 40 € / 1000 litres en fonction du litrage produit.

« A partir d’un million de litres de lait produits, la distribution automatisée de la ration peut devenir compétitive dans certains situations » analyse Jo­hann Carioux après avoir calculé les dépenses de distribution, avec trois types de matériels, dans un élevage livrant 1,5 millions de litres (voir le tableau 1).
Les estimations montrent que la CUMA de distribution, sous condi­tion de regrouper un minimum de 3 millions de litres de lait avec une densité de 100 000 litres par kilo­mètre parcouru par la machine, est la solution la plus économique. Par rapport à l’acquisition d’une auto­motrice, elle a également pour avan­tages de libérer au moins 700 heures de travail par an et de permettre la prise de week-ends plus facilement (voir le reportage dans la CUMA du Temps Libre).
La distribution automatisée est esti­mée à 25 € / 1000 litres, proche du coût d’usage d’une automotrice en propriété. Certes, l’investissement de départ est conséquent, entre 250 000 et 300 000 €, mais ensuite, les frais de fonctionnement au quotidien sont faibles : le temps d’approvision­nement des trémies, les frais d’entre­tien et d’électricité. Cependant, cette solution est compétitive uniquement si tous les bovins de l’exploitation sont alimentés par le robot sans avoir à investir et à faire fonctionner un autre matériel sur un autre site.
L’automate libère au moins 500 heures de travail par an. Pour Jean- Jacques Beauchamp de la Chambre d’Agriculture du Calvados, c’est une option à étudier dans les grands éle­vages bien structurés. « Les élevages qui peuvent en tirer le meilleur parti sont ceux qui, soit ont une charge de travail importante, soit anticipent le dé­part à la retraite d’un associé, ou cher­chent à augmenter leur revenu par une augmentation de leur productivité du travail, ou, enfin, emploient des salariés. Dans ce dernier cas, les robots facilitent l’organisation du travail du week-end et renforcent l’attractivité de l’exploitation pour les recruter » analyse le techni­cien agricole.

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