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3,4 SMIC par UMO avec des normandes à 7000 litres

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Jean-Roger Bourdin conduit son élevage selon des critères de rentabilité et de productivité du travail, sans se fixer d’objectif de lait par vache. Son élevage se distingue par un bon niveau de rémunération, lié à une forte productivité de la main d’œuvre… avec une charge de travail qui reste bien vécue.

Certains ont les yeux rivés sur le compteur à lait. Lui, c’est plutôt sur la calculette. En voici la raison : avant son installation en 1992, Jean-Roger Bourdin a été contrôleur laitier puis conseiller d’entreprises à la chambre d’agriculture de la Sarthe.

Dès la création à Boursay (Loir-et-Cher) avec son épouse Christèle, de l’EARL de Rocheux, il applique à sa propre ferme la stratégie qu’il a conseillée à beaucoup d’éleveurs : une conduite d’élevage simple privilégiant la performance économique à la performance laitière des vaches. Dans cette optique, il a rejoint dès le départ un groupe d’une dizaine d’éleveurs intéressés par les coûts de production. Au fil du temps, avec la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher, ils ont mis en place une méthode de calcul simple mais assez pointue sur le coût de production des fourrages : « pour chiffrer les tonnages produits, cette méthode intègre les stocks effectifs de fourrages en début et fin de campagne, au lieu des stocks théoriques habituellement utilisés », précise Olivier Mullier, conseiller d’entreprises à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher.

Christèle Bourdin

Au sein du groupe, l’élevage de Jean-Roger et Christèle Bourdin est un des plus solides. Son premier point fort est la productivité de la main d’œuvre. Le temps de travail des deux associés correspond à 1,6 UMO car Jean-Roger est pris deux jours par semaine par ses fonctions de maire et de vice-président de la communauté de communes ; et Christèle est bénévole dans une association une journée par semaine. La présence d’un apprenti porte la main d’œuvre à 2 UMO. En 2014-2015, l’élevage a produit plus de 359 000 l/UMO alors que la moyenne des élevages laitiers du Loir-et-Cher est de 301 000. De même, le nombre d’UGB lait par UMO est particulièrement élevé : 84 contre 56 en moyenne. Pourtant, la charge de travail reste bien vécue : « nous ne nous sommes jamais plaints de la quantité de travail car nous la maitrisons au lieu de la subir », explique l’éleveur. Par ailleurs, la rentabilité par vache est correcte puisque l’EBE lait hors main d’œuvre de l’élevage est de 1065 €/UGB, dans la moyenne du département.

Grâce à cette productivité de la main d’œuvre, les éleveurs sont parvenus à dégager une rémunération de 3,4 SMIC brut par UMO en 2014-2015 soit 150 €/1000 l. « Même si l’année dernière a été exceptionnelle, notre système nous permet de dégager en général entre 2,1 et 2,8 SMIC brut par UMO selon les années », précise l’éleveur.

Conduite d’élevage simple

Jean-Roger Bourdin a quatre explications à ce résultat : « 1) La simplicité de la conduite d’élevage : nous ne nous donnons pas d’objectifs de lait par vache à atteindre. 2) La spécialisation laitière : toute notre énergie et notre attention sont dédiées à la production laitière, et l’intégralité des 88 ha de SAU sont dédiés à la production fourragère. 3) Un bon niveau d’équipement bâtiment (stabulation logettes de 90 places), deux robots de traite, un parc matériel en Cuma performant. 4) Les échanges avec le groupe d’éleveurs laitiers qui nous permettent d’acquérir de l’autonomie de décision ».

 

Ce sont justement les conclusions de ce « groupe lait » qui l’ont conforté dans ses choix de conduite du troupeau. Car la marge au litre de lait y est supérieure chez ceux qui ne visent pas la productivité/vache et valorisent au maximum chaque kilo de matière sèche produit sur leur ferme.

A l’EARL de Rocheux, cette autonomie alimentaire se traduit par une ration hivernale de base avec 2/3 de maïs ensilage et 1/3 d’ensilage d’herbe ou d’enrubanné (de novembre à février). La quantité de tourteau de colza apportée varie de 0 à 1,5 kg selon le stade de lactation. Au robot, les vaches ne reçoivent que 100 g de concentré par kg de lait. Pendant les huit autres mois de l’année, les vaches pâturent les prairies de ray-grass/trèfle ; la pousse de l’herbe est en général bonne sauf en juillet-août. Et lorsque la ferme a acheté ses deux robots de traite en 2012, le pâturage tournant, jour et nuit, n’a pas été remis en cause. Il a fallu une année pour habituer les vaches à revenir régulièrement au robot mais aujourd’hui, le rythme est pris à 2,2 traites par jour lors du pâturage.

Les éleveurs ont investi dans une stabulation de 90 places avec logettes (en 2004) et dans 2 robots de traite (en 2012).

L’EBE en ligne de mire

Le graphique 1 détaille le coût de production 2014-2015 aux 1000 litres de lait produit. Les produits s’élèvent à 519 €/1000 l grâce aussi à la vente de vaches en lait et de réformes, bien valorisées en Filière Qualité Race Normande. En face, le coût de production est de 347 €/1000 l hors main d’œuvre : 161€ de charges opérationnelles (dont 60 € de concentrés), 119€ de charges de structure, 83€ d’amortissement et frais financiers. Pour rémunérer la main d’œuvre à hauteur de 1,5 SMIC brut, il suffirait de 69 € de marge aux 1000 litres mais les produits permettent de monter à 156 €. « La rentabilité d’un élevage se mesure à la capacité à couvrir les amortissements et la rémunération de la main d’œuvre (MSA, prélèvements privés et salariés) », commente Olivier Mullier. « Or ici environ la moitié du produit couvre les amortissements et la main d’œuvre, c’est un bon résultat par rapport à la moyenne départementale ». L’EBE frôle en effet les 80 000 € par UMO en 2014, remarquable !

Coût de production aux 1000 litres

EARL de Rocheux à Boursay (41)

  • 2 UMO dont 1,6 familiales
  • 88 ha dont 58 de prairies et 30 de maïs ensilage
  • 109 vaches Normande à 6870 l/an
  • 750 000 litres de production
  • TP = 35,  TB = 43
  • 2 robots

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