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30% d’EBE en plus en bio

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Converti à l’agriculture biologique en 2011, le Gaec la Faisanderie a augmenté son EBE de 30 % malgré une production laitière et des rendements laitiers et fourragers moindres. Le prix de vente du lait est passé de 290 à 440 €/1000 L 

Pour Bruno Dechêne et Jean-Carl Fricot, le passage en bio tient plus du pragmatisme que d’une conviction chevillée au corps. « Lors du Printemps Bio en juin 2009, nous avons visité un producteur laitier bio à une trentaine de kilomètres d’ici », se souviennent les associés du Gaec La Faisanderie à Betz-le-Château (Indre-et-Loire). « A l’époque, les cours n’étaient déjà pas terribles en conventionnel et comme nous étions engagés dans le cahier des charges Lait de Touraine de la laiterie de Verneuil, avec des exigences proches de celles du bio (pâturage, pas d’OGM), le cap à franchir n’était pas immense ». Les associés ont entamé en juillet 2009 leur conversion pour deux ans.

Deux années difficiles pour la trésorerie

Pendant les deux années de conversion, le cahier des charges de l’agriculture biologique a été appliqué, en parallèle au troupeau et aux surfaces, tout en vendant le lait en conventionnel. « Les deux années de conversion font mal à la trésorerie mais grâce aux arrière-effets du conventionnel les rendements ne baissent que progressivement », témoigne Jean-Carl Fricot. En triticale par exemple, les rendements de 50-60 q/ha sont passés à 30-40 q/ha en première année de conversion et se limitent aujourd’hui à 10-30 q/ha. Pour compenser cette baisse, les éleveurs ont donc dédié à l’autoconsommation l’ensemble des 50 ha de céréales à paille destinés avant en grande partie à la vente. Pour le correcteur azoté, le Gaec a commencé par acheter du tourteau de soja bio : « mais en ration complète, les vaches ne répondaient pas assez en comparaison du prix payé (+ de 800 euros/ tonne) et en plus, il venait de Chine. Ce n’était donc ni cohérent ni rentable » indique Bruno Dechêne. Pour poursuivre leur logique d’autonomie alimentaire initiée avec le pâturage, les éleveurs ont donc travaillé avec le GDA local pour mettre en place un méteil protéique en dérobé. L’expérience montre que le mélange optimal chez eux est vesce, féverole, triticale et pois.

Les 25-30 ha de méteil sont ensilés ou enrubannés, avant les semis de maïs réalisés fin juin. Concernant le troupeau, les éleveurs recherchent la rusticité, la production laitière et la longévité. Aujourd’hui, le troupeau compte deux tiers de Montbéliarde, et le reste se répartit entre des croisées Montbéliarde x Prim’Holstein et des Prim’Holstein pures. Le troupeau est en croissance depuis fin 2015 pour atteindre 100 vaches.

Gaec la Faisanderie à Betz-le-Château (37)

  • Conversion en bio : juillet 2009-juillet 2011.
  • 3,5 UMO. Associés : Bruno Dechêne, Jean-Carl Fricot.
  • 160 ha de SAU dont 80 de prairies, 50 de céréales (triticale, orge H., méteil grain) et 30 de méteil protéiné ensilés (vesce, féverole, triticale, pois).
  • 85 vaches laitières à 5700 l/an.
  • TP=31,7 g/l, TB= 41,2 g/l.
  • Laiterie : coopérative de Verneuil (37). (Bruno Dechêne est au bureau de la coopérative).
Vaches faisanderie
Vaches de la faisanderie

Baisse de production laitière

« Lorsqu’on passe en bio, il ne faut pas s’attendre à maintenir un haut niveau de production », insistent les deux associés qui avaient intégré cette « philosophie » depuis longtemps. A la fin des années 90, après une période de production à 9000 litres très coûteuse en concentrés, les éleveurs avaient déjà choisi de ne pas pousser le troupeau au-delà de son potentiel de 7000-7500 litres / vache. Or en première année de conversion, la seule protéine disponible et abordable étant de la féverole, la production avait chuté à 5000 litres. Ensuite, grâce à la culture de méteil, elle est remontée à 6000-6500 litres. « La production par vache a diminué mais la marge au litre de lait a augmenté ; notre objectif reste de remonter à 7000 l pour valoriser davantage le potentiel des vaches ». Pour cela, ils comptent améliorer l’alimentation en récoltant à un stade optimal et en progressant sur le désherbage mécanique.

Peu de frais vétérinaires

Avant le passage en bio, le Gaec ne faisait pas beaucoup de traitement. Aujourd’hui, les frais vétérinaires ont été divisés par deux et se situent à 3-4 €/1000 litres pour les interventions et les produits vétérinaires (antibiotiques au tarissement et vermifuge). Le taux cellulaire est de 330 000 en moyenne et les mammites sont rares. Les veaux sont laissés avec leur mère pendant une semaine (même en salle de traite) et l’élevage en perd peu. Les rares maladies (mammites, diarrhées) sont traitées par homéopathie. Le vétérinaire intervient pour les chirurgies ou les fièvres de lait. L’ensemble de leurs choix techniques, associés à une très bonne valorisation du lait permettent aux éleveurs de dégager un revenu de l’ordre de 2,9 SMIC par UMO (voir tableau ci-dessous). Ce qui leur permet de conclure : « nous aurions vraiment dû faire la conversion en bio avant » !

Réussite économique de la conversion

Résultats économiques 2008-2009 avant la conversion bio

Résultats économiques 2015-2016 après la conversion bio

Nb UMO

2.5

3.5

Nb moyen de VL

70VL

75 VL (l’effectif est en cours d’augmentation et atteindra 90 VL au cours de l’hiver 2016-2017

Production totale

511 000 L

431 000 L

Production par vache

7300 L

5700 L

Coût de concentré

29€/1000 L

26€/1000 L

Prix moyen de vente

290 €/1000 L dont prime Lait de Touraine (15 €) et prime laitière (8 €)

440 €/1000 L

EBE

87 400€ soit 35% du produit

113 800€ soit 48% du produit

Rémunération

2 SMIC par UMO

2.87 SMIC par UMO

Aide à la conversion

30.000 €/an de 1010 à 2015 à raison de 100 €/ha de prairies permanentes et 200 €/ha pour les autres surfaces (pas de prime de la laiterie car pas encore mise en place)

Bilan de la conversion

Succès

Difficultés

Les éleveurs en vivent bien.

Amélioration de l’autonomie.

Diminution des risques pour la santé grâce à l’arrêt des traitements chimiques.

Plus  besoin de traiter tôt le matin ou tard le soir.

Etalement des pointes de travail.

Baisse des problèmes sanitaires.

 

Baisse importante de trésorerie pendant la conversion.

Décalage de paiement de la première prime conversion car début de conversion après la déclaration PAC de mai.

Trouver les bons interlocuteurs pour se former (culture de légumineuses, soins…).

Pouvoir investir dans du matériel de désherbage mécanique.

 

Une laiterie volontariste

En Touraine, la laiterie de Verneuil (50 M€ de CA, 64 millions de litres de lait de vache et chèvre) s’est lancée sur le marché du lait UHT bio en 2011, à la fin de la conversion du Gaec de la Faisanderie. En 2016, elle a commercialisé 800.000 litres provenant de 3 exploitations. Une autre ferme terminera sa conversion en 2017 et un producteur a un projet en cours. Un accord prévoit la collecte par Eurial Poitouraine. Une prime de 20 €/1000 l est payée au producteur pendant les 2 années de conversion. En 2016, le prix moyen en lait bio est de 450 €/1000 l alors qu’il est de 300 €/1000 l en conventionnel toutes primes confondues. Les ventes de lait bio ont progressé de 7 % en 2015 alors qu’elles baissaient de 4 % en conventionnel.

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