Home Equipement Sébastien Guiocheau, conseiller bâtiment à la Chambre d’Agriculture de Bretagne : « Plus de temps de couchage, c’est plus de lait produit »
Sébastien Guiocheau, conseiller bâtiment à la Chambre d’Agriculture de Bretagne : « Plus de temps de couchage, c’est plus de lait produit » 5
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Sébastien Guiocheau, conseiller bâtiment à la Chambre d’Agriculture de Bretagne : « Plus de temps de couchage, c’est plus de lait produit »

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A la station expérimentale de Trévarez (29), le redimensionnement des logettes a permis d’augmenter le temps de couchage des vaches.

Le logement des 120 Prim’Holsteins de la station expérimentale de Trévarez dans le Finistère a été construit il y a une trentaine d’années. En 2009, le bâtiment a vécu une rénovation des sols et des racleurs ont été installés.  En 2015, les tubulaires et le couchage des logettes ont été adaptés à l’évolution du gabarit des vaches. Auparavant, la barre au garrot était positionnée à 1,7 mètre du seuil de la logette. « Comme dans beaucoup d’exploitations, la propreté des logettes et le temps de nettoyage avaient été privilégiées. On voulait que les vaches bousent dans le couloir » explique Sébastien Guiocheau, conseiller bâtiment à la Chambre d’Agriculture de Bretagne. Mais certains indices tendaient à démontrer que les logettes n’étaient plus suffisamment confortables et que le temps de couchage des vaches était insuffisant. « Nous observions trop de vaches perchées, c’est-à-dire les pattes avant dans la logette et les pattes arrière dans le couloir, et de vaches qui se relevaient difficilement. Il nous arrivait de démonter les tubulaires pour sortir des vaches coincées sous la barre de garrot » liste le spécialiste bâtiment.

Indicateurs de couchage objectifs

En privilégiant le confort des logettes, les éleveurs passent plus fréquemment pour « ébouser » les logettes.

Les responsables du troupeau de Trévarez ont voulu objectiver ces constats grâce à des observations du comportement des vaches. Le nombre de vaches couchées, debout ou perchées dans les logettes ainsi que celles debout hors des logettes a été noté à différents moments hors de la traite et de la distribution de l’alimentation. Ce qui a permis de calculer deux indicateurs de couchage utilisés à l’étranger. D’une part, le Cow Confort Index (CCI) qui mesure la proportion de vaches couchées dans les logettes par rapport au nombre de vaches « au contact » des logettes. Plus de 80 % de ces vaches devraient être couchées. D’autre part, le Stall Usage Index (SUI) qui indique la proportion de vaches couchées en logettes par rapport au nombre total de vaches qui ne mangent pas. Ce taux devrait dépasser 45 %. « Nous étions à peine à ce niveau. Nous avons donc voulu augmenter la durée de couchage des vaches » analyse Sébastien Guiocheau. Il a été démontré, en effet, qu’une heure de couchage supplémentaire génère 1,6 kg de lait supplémentaire car le temps de rumination et le débit sanguin dans la veine mammaire augmentent. « Une vache qui a un temps de couchage suffisant, dépense moins d’énergie et se fatigue moins également. De plus, les cas de dermatites diminuent car les pattes sont moins fréquemment en contact avec l’humidité des couloirs » ajoute le technicien.

Arrêtoirs en tuyau pression

Les dimensions des logettes ont donc été adaptées au gabarit des vaches. Les vaches ont été mesurées suivant la hauteur au garrot, la longueur de la diagonale (c’est-à-dire de la pointe de la fesse à la pointe de l’épaule) et la largeur des hanches. « Dans un même troupeau, les tailles des vaches sont très différentes ne serait-ce qu’entre les primipares et les multipares. La dimension des logettes est donc un compromis ». A Trévarez, ce sont les dimensions moyennes du tiers des plus grandes vaches qui ont été prises en compte. Les primipares sont donc très à l’aise dans les logettes et les très grandes vaches un peu moins. La barre au garrot a été placée à 1,95 m en longueur et à 2,3 m en diagonale du seuil. L’arrêtoir est placé 10 cm en avant de la barre au garrot, soit à 1,85 m du seuil. Il est réalisé avec des tuyaux pression de 160 mm de diamètre. « Arrondis, ils ne sont pas traumatisants pour les vaches tout en étant résistants. Le diamètre a été calculé pour que l’arrêtoir dépasse d’au moins 10 cm le dessus des matelas de couchage de 4 à 5 cm d’épaisseur » justifie le technicien.

Après les travaux, le temps de couchage des vaches s’est nettement amélioré avec 63 % des vaches couchées en moyenne lors des différentes observations réalisées (contre 44 % avec les anciennes logettes). « Nous avons même observé 100 % de vaches couchées à certains moments » s’enthousiasme Sébastien Guiocheau. En contrepartie, les vaches bousent plus souvent au pied des logettes ce qui nécessite quatre nettoyages quotidiens dont un à deux passages plus légers.

Le matelas : un bon compromis

La barre au garrot a été placée à 2,3 m en diagonale du seuil. L’arrêtoir, en tuyaux pression de 160 mm de diamètre, est placé 10 cm en avant de la barre au garrot, soit à 1,85 m du seuil. Les matelas font entre 4 et 5 cm d’épaisseur et sont recouverts d’un asséchant en sciure de bois blanc.

Le couchage des logettes a également été revu à cette occasion. Les responsables de l’élevage de Trévarez ont opté pour des matelas recouverts d’un matériau absorbant. Le type de couchage dépend du temps de présence des vaches dans les bâtiments. Sébastien Guiocheau, lors de ses voyages d’étude à l’étranger, a pu constater que « dans les grands troupeaux laitiers, où les vaches sortent peu, la logette creuse (1) est la solution la plus confortable : c’est un couchage épais, très confortable qui s’adapte à la vache. » Un inconvénient de taille cependant : l’entretien. Au quotidien, il faut nettoyer l’arrière des logettes, re-pailler et disperser la paille. Tous les mois, la litière nécessite d’être rechargée. « Pour moi, le bon compromis entre confort de la vache et temps de travail de l’éleveur c’est le matelas recouvert d’un produit asséchant » tranche le spécialiste. Lors du choix du type de matelas, il conseille d’analyser le matériau du revêtement qui doit-être antidérapant mais non abrasif. Pour le confort des vaches, l’épaisseur de la mousse du matelas (entre 4 et 5 cm à Trévarez) et la reprise rapide de la forme initiale, signe que le matelas ne se creusera pas avec le temps, sont des critères importants. « Pour juger du confort d’un matelas de logette, un bon test est de se laisser tomber à genoux dessus sans que ce soit douloureux » recommande le technicien. Un autre conseil : se renseigner sur la durée de vie du matelas qui devrait dépasser 10 ans.

Plus l’asséchant dispersé sur les matelas sera fin, plus il aura de pouvoir absorbant. « La farine de paille est très absorbante, la paille hachée à 3 – 4 cm de longueur l’est beaucoup moins. Par opportunité, à Trévarez, nous utilisons de la sciure de bois blanc » informe Sébastien Guiocheau.

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